Homélie du dimanche 28 juin 2026
... Cette scène, si humble, si quotidienne, est au cœur de la Parole de Dieu aujourd'hui. Et Jésus, dans l'Évangile, vient lui donner toute sa profondeur avec une promesse que nous n'aurions peut-être pas osé imaginer : « Celui qui vous accueille m'accueille. »
Qu'est-ce que cela veut dire, accueillir ? Qu'est-ce que l'Évangile veut nous enseigner aujourd'hui sur l'hospitalité — cette vertu si simple en apparence, et pourtant si exigeante et si féconde ? Ce qui est frappant dans le geste de la femme de Sunam, c'est qu'elle n'attend rien en retour. Elle ne sait pas qu'Élisée va lui annoncer une naissance. Elle agit sans calcul, sans espérance de récompense. Elle voit simplement un homme de Dieu qui passe, et elle fait de la place.
« Faire de la place » — c'est peut-être l'une des plus belles définitions de l'hospitalité. Ce n'est pas seulement ouvrir une porte ou poser un couvert de plus. C'est vider une part de soi-même pour que l'autre puisse y entrer. C'est à dire : dans ma vie déjà bien remplie, dans mon temps déjà bien compté, dans mon espace déjà bien occupé — il y a une place pour toi.
Nous le savons bien : il est souvent plus facile de donner de l'argent que de donner du temps. Plus facile d'envoyer un message que de s'asseoir vraiment avec quelqu'un. L'hospitalité vraie demande une forme de pauvreté consentie — accepter de ne plus tout contrôler, de ne plus tout planifier, d'être disponible.
Mais Matthieu va encore plus loin. Tout au long de son Évangile, il nous répète que le Seigneur se cache dans le prochain — dans le pauvre, dans l'étranger, dans le malade, dans le prisonnier. « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40). L'hospitalité n'est donc pas une simple vertu sociale, un trait agréable de caractère. Elle est une acte de foi. Elle est une manière de reconnaître le Christ dans l'autre.
Et Jésus y tient tellement qu'il mentionne même « un simple verre d'eau fraîche ». Ce détail m'émeut chaque fois. Il aurait pu parler de grandes actions, de sacrifices héroïques. Il parle d'un verre d'eau. Comme pour nous dire : ne cherche pas l'hospitalité grandiose. Commence par là. Par ce qui est à portée de main. Par ce qui est à portée de cœur.
Aujourd'hui, l'Église célèbre le Dimanche du Pape. Et il me semble que la Parole de ce jour fait écho de manière saisissante à ce que le pape Léon XIV nous invite à vivre.
Le Saint-Père nous a rappelé que le mot latin accipere, traduit par « accueillir », ne signifie pas seulement recevoir quelqu'un. Il signifie aussi « porter ensemble ». Accueillir l'autre, ce n'est pas seulement lui ouvrir la porte — c'est prendre sa route avec lui, partager son poids, marcher à ses côtés.
Et pour cela, le Pape nous indique deux choses nécessaires.
La première, c'est la présence. Simplement être là. Dans notre monde où tout va vite, où les messages remplacent les regards, où les écrans meublent nos solitudes, la présence est devenue un don rare et précieux. Être vraiment là — pas distrait, pas pressé, pas ailleurs — c'est peut-être le plus beau verre d'eau que nous puissions offrir.
La deuxième, c'est le soin. À l'image de saint Joseph — ce veilleur discret et fidèle qui protège sans se mettre en avant —, le soin, c'est durer. C'est ne pas abandonner quand c'est difficile. C'est rester même quand l'autre n'est pas agréable, même quand il ne dit pas merci, même quand on est fatigué. Le soin, c'est l'amour qui tient dans la durée.
L'hospitalité chrétienne, nous dit le Pape, s'accomplit toujours en sortant de notre confort habituel — pour aller vers les pauvres, les malades, les marginalisés. Non par obligation. Mais parce que c'est là que le Christ nous attend. Pour ceux qui vivent dans la pauvreté matérielle, la question la plus urgente est souvent la plus simple : manger. Et pour cela, il faut le partage de ceux qui ont. Quand ceux qui possèdent donnent de ce qu'ils ont à ceux qui manquent, quelque chose de beau se produit des deux côtés : celui qui donne reçoit la richesse intérieure de l'amour offert ; celui qui reçoit voit sa faim apaisée.
Le partage crée une harmonie entre le corps et l'esprit. C'est peut-être pour cela que Jésus a dit au jeune homme riche : « Vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi. » Non pour le punir de sa richesse, mais pour lui ouvrir les yeux sur une joie plus grande que celle qu'il possédait déjà. Nous ne sommes peut-être pas tous appelés à ce geste radical. Mais nous sommes tous appelés, aujourd'hui, à ce verre d'eau fraîche. À cette petite chambre du cœur. À ce regard chaleureux sur le visage de l'autre.
Frères et sœurs, la femme de Sunam n'avait pas de grands projets apostoliques. Elle avait une petite chambre et un cœur ouvert. Et Dieu a fait le reste. Jésus ne nous demande pas de changer le monde aujourd'hui. Il nous demande d'accueillir la personne qui est devant nous. Notre voisin. Notre collègue. L'étranger qui passe. Le membre de la famille qu'on ne comprend plus très bien. Le pauvre qui tend la main.
Car en chacun d'eux, si nous savons regarder avec les yeux de la foi, c'est Lui qui vient à notre rencontre. Et accueillir l'autre comme on accueillerait le Christ — c'est cela, la joie évangélique de l'hospitalité.
Que les fruits de l'Esprit — « amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5,22) — habitent nos cœurs et guident nos gestes. Et que ce jour soit, pour chacun d'entre vous, un jour d'accueil et de grâce.