Homélie du 5 juillet 2026 — Paroisse Saint-Marc du Parmelan

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Homélie du 5 juillet 2026

Frères et sœurs, personne en ce monde n'est exempté du joug du fardeau. Porter sa propre charge, son propre joug, et avancer ainsi : voilà notre vie, quel que soit notre âge, notre état, notre chemin. Et voici qu'aujourd'hui, Jésus nous dit une parole qui, à première écoute, nous déconcerte : « Prenez sur vous mon joug… mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Cette parole n'est pas facile à accueillir. Nous connaissons le poids réel de nos fardeaux : les épreuves qui nous brisent, les nuits sans sommeil, les deuils, les maladies, les combats intérieurs. Nous savons aussi combien la croix de Jésus fut lourde et douloureuse. Alors comment ce joug pourrait-il être facile? Comment ce fardeau pourrait-il être léger? On pourrait presque avoir l'impression que le Seigneur ignore la réalité de nos peines.

Permettez-moi de partager un souvenir. Lors d'un pèlerinage en Terre Sainte, j'ai fait une brève expérience du désert. Le soleil ardent, l'air sec m'enveloppaient de toutes parts. Et au loin, j'ai aperçu une ânesse tirant une charrette, attelée au même joug que son petit, marchant à ses côtés. Mon premier mouvement fut presque de l'indignation : « Quelle cruauté, faire porter cela à un si petit animal ! »

Le guide m'a alors expliqué la scène : en réalité, c'est entièrement la mère qui tire la charrette. Si son joug est relié au cou de l'ânon, ce n'est pas pour lui faire porter le poids, mais pour que ce petit, encore incapable de tirer seul, apprenne peu à peu, en marchant à côté de sa mère, le chemin qu'il devra suivre plus tard. En y regardant de plus près, c'est bien la mère qui porte tout le poids. Le petit n'est attaché que par une corde légère ; il n'a qu'à suivre, à demeurer proche, à avancer au rythme de celle qui le guide.

C'est là que la parole de Jésus s'éclaire. « Mon joug est facile à porter, mon fardeau, léger » ne signifie nullement que nos épreuves, en elles-mêmes, soient légères ou faciles. Ce n'est pas un déni de notre souffrance. C'est, comme il l'a dit juste avant, une déclaration d'amour : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. » Le Seigneur ne nous demande pas de porter seuls ; il attelle son propre joug au nôtre, pour porter avec nous, et pour nous, l'essentiel du poids.

Et pourtant, malgré cela, notre fardeau nous semble parfois si douloureux à porter. Le joug du petit ânon, dans le désert, paraissait lui aussi bien lourd pour son corps frêle, quel que soit le poids réel de la charrette. Mais un fait demeure : sa mère, qui portait l'essentiel, marchait juste à côté de lui. Ainsi le Seigneur marche à nos côtés sur le chemin difficile de notre vie, portant avec nous ce qui nous accable, nous offrant réconfort et force.

J'ai appris, en lisant plus tard, que l'âne a un caractère particulièrement têtu : il n'aime emprunter que les chemins déjà connus, et agit volontiers à sa guise. N'est-ce pas là une image de nous-mêmes ? Le Seigneur, à nos côtés dans notre entêtement, dans nos résistances, dans nos détours, souffre et peine avec nous — et pourtant il continue d'avancer lentement devant nous, ouvrant le chemin, sans jamais se lasser. Si Jésus n'était pas là, le poids de notre fardeau serait certainement plus lourd, plus insupportable encore. Regardons autour de nous : la Parole du Seigneur que nous recevons à chaque messe, le Corps du Christ que nous partageons, les personnes précieuses qu'il place sur notre route — tout cela nous soutient, nous qui peinons sous le poids du fardeau. Nous appelons cela l'amour de la Croix.

Aussi, malgré nos plaintes parfois puériles, nous ne pouvons que rendre grâce au Seigneur et nous appuyer sur lui.

Dans cet évangile, Jésus élève une prière de reconnaissance vers son Père : «Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » Cette prière est une action de grâce pour les méprisés, les petits, qui ont pu rencontrer Dieu ; elle annonce que le Royaume de Dieu commence justement à travers les plus humbles.
Si nous sommes inclus dans cette prière de Jésus, nous aussi pouvons élever notre propre action de grâce — non parce que nous serions sages ou méritants, mais parce que, même limités, même pécheurs, nous portons en nous le désir de croire et de suivre le Christ. Et pour cela seul, parce que la bonne volonté de Dieu s'accomplit ainsi en nous, nous ne pouvons que lui rendre grâce

Si nous sommes inclus dans cette prière de Jésus, nous aussi pouvons élever notre propre action de grâce — non parce que nous serions sages ou méritants, mais parce que, même limités, même pécheurs, nous portons en nous le désir de croire et de suivre le Christ. Et pour cela seul, parce que la bonne volonté de Dieu s'accomplit ainsi en nous, nous ne pouvons que lui rendre grâce.

Frères et sœurs, le joug et le fardeau de Jésus, parce qu'ils sont une vie d'amour, ne sont pas une entrave : ils donnent la liberté. Venons à lui, tels que nous sommes, avec nos fardeaux réels et parfois trop lourds. Laissons-le atteler son joug au nôtre. Et comme le petit ânon qui suit sa mère, laissons-nous simplement guider, pas à pas, sur le chemin qu'il ouvre devant nous.  Amen.

Père Léon Lee