Homélie du 2ème dimanche du temps liturgique
Évangile (Jn 1, 29-34)
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » –
Jean le Baptiste ne désigne pas Jésus comme un chef puissant, un prophète redoutable ou un roi glorieux. Il dit : l’Agneau. Le titre d’agneau de Dieu réfère évidemment à l’agneau mangé chaque année lors de la célébration pascale, et, au-delà de ce mémorial, à l’agneau dont le sang avait marqué le linteau des portes des Juifs en Égypte, durant la nuit de la fuite, et avait sauvé leurs premiers-né. L’expression se référait aussi à l’agneau qu’on chassait chaque année au désert, symboliquement chargé par le prêtre de tous les péchés du peuple. Dès le début de l’Évangile, Jésus est présenté comme celui qui se donne, non par la force, mais par l’amour. Dieu ne sauve pas le monde en l’écrasant, mais en se livrant pour lui.
Cela renverse nos logiques humaines. Nous cherchons souvent un Dieu qui résout les problèmes immédiatement. Dieu, lui, choisit le chemin de la douceur, de la patience et du don total.
Mais que signifie Jean-Baptiste, par l’expression « le péché du monde » ? Le « péché du monde » ce n’est pas telle transgression, ni même l’ensemble des transgressions. C’est plutôt le monde des hommes dans son ensemble dans la mesure où il ne reçoit pas le message du Christ et ne se laisse pas transformer par lui. Le « péché du monde » c’est le fait que notre monde, celui où nous vivons, n’est pas structuré selon l’Évangile. Le péché du monde c’est que les pauvres et les petits sont écrasés, que tant d’hommes et de femmes souffrent de la faim, que tant de personnes sont chassées de leurs maisons et de leurs pays par la guerre, que les riches deviennent plus riches et que les pauvres deviennent plus pauvres, que tant de malades meurent par manque de médicaments. Le péché du monde c’est aussi le silence et l’inaction coupables devant toutes ces injustices et ces crimes.
C’est de ce péché-là qu’est venu délivrer le monde l’Agneau de Dieu reconnu par Jean. Et pourtant après deux mille ans le monde est toujours dans son péché. Nous sommes tous dans ce monde mais il nous est possible, à chacun et chacune d’entre nous de ne pas être de ce monde. Comment ? En recevant le Fils de Dieu, en acceptant son message, en nous laissant transformer par lui : « À tous ceux qui l’ont accueilli, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfant de Dieu ».
Aujourd’hui j’ai lu une phrase dite par le pape François, il disait ceci « il n’y a pas de saint sans un passé et il n’y a pas de pécheur sans avenir. » Autrement dit, nous avons tous traversé notre vie en affrontant nos fragilités, ce qui nous empêche d’aimer, ce qui nous fait oublier que nous sommes appelés à être bons et à faire le bien ! Et dans ce chemin qu’est le nôtre, l’Eglise s’enrichit car elle n’est pas un rassemblement de gens parfaits, mais le pèlerinage de disciples qui sont en chemin. En accueillant nos limites et fragilités, en nous laissant guider par l’Esprit.
Jean le Baptiste témoigne que l’Esprit Saint demeure sur Jésus. C’est le même Esprit qui agit dans toutes les Églises chrétiennes. Pendant cette semaine de prière pour l’unité chrétiens, nous sommes invités non pas à nous comparer, mais à reconnaître l’action de l’Esprit chez les autres, à accueillir les dons que Dieu a semés dans chaque tradition chrétienne.
Frères et sœurs, prier pour l’unité des chrétiens, ce n’est pas un geste secondaire. C’est répondre à la prière même de Jésus : « Que tous soient un ». En ce temps de prière pour l’unité des chrétiens, demandons la grâce d’un cœur unifié : un cœur tourné vers le Christ, un cœur purifié de la division, un cœur ouvert à l’action de l’Esprit Et que notre vie, à la suite de Jean le Baptiste, sache humblement dire au monde : « Voici l’Agneau de Dieu », source de paix, de réconciliation et d’unité.