Homélie de la fête du Corps et du sang du Christ — Paroisse Saint-Marc du Parmelan

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Homélie de la fête du Corps et du sang du Christ

Frères et sœurs en ce jour de la Solennité du Corps et du Sang du Christ, nous voici rassemblés autour de cette table sainte. Et je voudrais commencer par vous poser une question très simple, mais très sérieuse :« Ressentez-vous vraiment la différence entre recevoir l'Eucharistie et ne pas la recevoir ? »
Pourquoi ne ressentons-nous plus la faim de l'Eucharistie ? Pensez-y : pourquoi mangeons-nous chaque jour ? Pourquoi dormons-nous chaque nuit ? Parce que notre corps réclame cette nourriture, ce repos. Parce que nous en ressentons le besoin de manière profonde et irrésistible. Personne n'oublie de s'asseoir à table. Personne ne renonce à son sommeil...


....   Et pourtant, combien de fidèles manquent la messe dominicale ? Combien glissent peu à peu vers la tiédeur, voire vers l'abandon de la pratique ? La raison est là, devant nous : ils ne ressentent plus le besoin de l'Eucharistie. Ils ne perçoivent plus de différence entre regarder une messe à la télévision depuis leur canapé et venir ici, en cette église, pour recevoir le Corps et le Sang du Christ. Mais alors, pourquoi cette grâce a-t-elle perdu sa saveur, sa force, son élan ?
  La réponse est là aussi, et elle est claire : c'est parce que la Parole de Dieu a perdu sa force dans nos vies. Écoutons ce que Jésus nous dit aujourd'hui : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6, 53-54)
   Y a-t-il des paroles plus directes, plus solennelles, plus décisives que celles-là ? Jésus ne parle pas par métaphore vague. Il affirme avec force : sans son Corps et son Sang, il n'y a pas de vie véritable. Et pourtant, ces mots ne parviennent plus à enflammer nos cœurs.
  Rappelons-nous alors les deux disciples d'Emmaüs. Le soir de Pâques, ils marchaient, brisés par le deuil, désespérés d'avoir perdu celui en qui ils avaient tout espéré. Jésus ressuscité s'approcha d'eux et marcha à leurs côtés. Il leur ouvrit les Écritures, il leur expliqua tout ce qui le concernait dans la Loi et les Prophètes. Et leurs cœurs, disent-ils eux-mêmes, se mirent à brûler. C'est seulement alors, au moment de la fraction du pain, qu'ils le reconnurent. La grâce de l'Eucharistie ne leur fut accessible qu'après que la Parole eut allumé un feu dans leur poitrine.
  C'est précisément pour cela que la messe commence toujours par la Liturgie de la Parole avant de culminer dans la Liturgie eucharistique. L'un prépare l'autre. L'un ouvre le cœur à l'autre.
  Permettez-moi une image simple. Imaginez un réfrigérateur rempli des meilleurs ingrédients du monde — les plus frais, les plus rares, les plus précieux. Sans recette pour les assembler, sans désir de cuisiner, ces merveilles finiront par se gâter. La Parole de Dieu est cette recette. Elle nous apprend comment laisser la grâce eucharistique pénétrer notre vie, comment l'intégrer à notre quotidien, comment en tirer une nourriture qui nous transforme. Suivre cette recette avec foi et attention, c'est laisser notre vie devenir ce repas abondant que Dieu a voulu préparer pour chacun de nous — un repas qui nous fait réellement vivre, aujourd'hui et pour l'éternité.
 Frères et sœurs, au fond de tout cela, il y a une vérité encore plus grande, encore plus lumineuse. Ce qui nous fait vivre — non seulement ici-bas, mais au-delà de la mort elle-même — c'est l'amour de Dieu.
 Dieu a vu l'humanité mourir dans le péché. Et il n'a pas détourné le regard. Il a envoyé son Fils unique dans notre chair, dans notre monde, dans notre histoire. Et ce Fils, Jésus Christ, a choisi de ne pas seulement nous parler de cet amour — il a voulu devenir cet amour sous la forme d'une nourriture. Il s'est livré lui-même, par amour, pour que nous puissions le recevoir, le porter en nous, vivre de lui.
 Voilà le mystère de l'Eucharistie, mystère que la raison humaine ne peut pas épuiser. Comment un morceau de pain devient-il le Corps du Christ ? Comment une coupe de vin devient-elle son Sang ? Aucune formule scientifique ne peut répondre à cette question. Mais ce que nous savons avec certitude, ce que la foi nous donne de toucher, c'est ceci : l'amour de Dieu rend cela possible. Et celui qui se nourrit de cet amour porte en lui la vie même de Jésus Christ — une vie qui ne finit pas.
 Frères et sœurs, avant de nous approcher de cette table sainte, posons-nous chacun, en vérité, ces deux questions :
Avec quelle ardeur est-ce que je désire l'Eucharistie ? Avec quelle attention est-ce que j'écoute la Parole de Dieu ?
 Le jour où nous ressentirons le besoin de l'Eucharistie comme nous ressentons celui du pain quotidien — avec la même urgence, la même faim, la même certitude que sans elle nous ne pouvons pas vivre — ce jour-là, notre foi se rallumera. Ce jour-là, plus rien ne pourra nous éloigner de cette table.
  En cette belle et grande fête du Corps et du Sang du Christ, puissions-nous recevoir le Seigneur non pas par habitude, mais par amour. Non pas comme un geste ordinaire, mais comme le geste le plus vital de notre semaine — de notre vie.
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6, 54)