Homélie du 4eme dimanche de carême 2026
(...) Ce qui est frappant dans ce récit, c’est le contraste. L’aveugle reconnaît progressivement la vérité, tandis que les pharisiens, qui pensent voir clairement, deviennent de plus en plus aveugles. Ils ont devant eux le Messie attendu depuis des générations. Ils voient un signe évident : un homme aveugle depuis sa naissance retrouve la vue. Et pourtant, ils ne reconnaissent pas l’œuvre de Dieu.
Ils voient avec leurs yeux, mais ils ne voient pas l’essentiel. Cette situation nous concerne aussi aujourd’hui. Depuis quelques décennies, notre monde nous permet de voir plus que jamais. En 2005, la création de YouTube a ouvert l’accès à une quantité presque infinie de vidéos. En 2008, l’arrivée du iPhone comme smart phone a placé cet accès directement dans nos mains. Aujourd’hui, nous pouvons regarder ce que nous voulons, quand nous voulons. Nos yeux voient donc beaucoup plus qu’autrefois.
Mais paradoxalement, les yeux de l’âme risquent de s’affaiblir. Nous sommes devenus plus riches matériellement, mais souvent plus pauvres intérieurement. Nous voyons beaucoup d’images, mais nous perdons parfois la capacité de voir ce qui est vraiment important : la présence de Dieu, la vérité, la beauté du cœur humain.
À la fin de l’Évangile, Jésus dit quelque chose de très profond : ceux qui disent « nous voyons » restent dans leur aveuglement. Le vrai problème n’est pas d’être aveugle.
Le vrai problème est de croire que nous voyons déjà parfaitement. C’est pourquoi Jésus proclame dans les Béatitudes, dans l’Évangile de Matthieu : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux. » Être pauvre de cœur signifie reconnaître que nous avons besoin de Dieu, que nous ne voyons pas toujours clairement, et que nous avons besoin de sa lumière.
La première lecture nous donne un autre exemple. Lorsque le prophète Samuel doit choisir le futur roi d’Israël, il regarde l’apparence : la taille, la force, l’allureMais Dieu lui dit « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »Dieu voit différemment de nous. Il regarde ce qui est caché, ce qui est profond, ce qui est vrai.
Nous sommes maintenant au milieu du Carême. Ce temps est un chemin de purification intérieure. C’est un temps pour demander au Seigneur d’ouvrir nos yeux, comme il a ouvert ceux de l’aveugle de l’Évangile.
Demandons la grâce d’un cœur humble, d’un cœur pauvre, prêt à écouter la parole de Dieu. Car c’est dans un cœur humble que la lumière du Christ peut entrer. Et lorsque cette lumière entre dans notre vie, alors nous commençons vraiment à voir.