Homélie septième dimanche de Pâques
Jésus, au cœur de cette nuit, demande au Père : « Glorifie-moi auprès de toi de la gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde existe. » (Jn 17, 5) On pourrait entendre ces mots comme une requête personnelle, presque un retrait du monde. Mais si on les écoute avec les yeux de l'amour, ils deviennent tout autre chose : une intercession pour nous. Car Jésus continue aussitôt :« Je prie pour eux... pour ceux que tu m'as donnés... Je suis glorifié en eux. » (Jn 17, 9-10)
La gloire que Jésus demande au Père n'est pas une gloire repliée sur elle-même. C'est une gloire qui déborde, qui nous enveloppe, nous — pécheurs, fragiles, souvent infidèles. La grandeur de ce mystère est là : le Fils s'en remet au Père non seulement pour lui-même, mais pour que nous soyons, nous aussi, portés dans cette lumière. Sentez-vous cet amour ? Jésus, à l'heure où tout s'effondre autour de lui, pense à vous. Il prie pour vous.
Pierre, lui, écrit à des chrétiens qui souffrent. Pas des souffrances abstraites — des insultes, des rejets, une vie rendue difficile précisément parce qu'ils croient. Et ce qu'il leur dit pourrait surprendre, voire choquer :« Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous. » (1 P 4, 13)
Se réjouir dans la souffrance ? Pierre n'est pas naïf. Il ne dit pas que la souffrance est belle, ni qu'il faut la chercher. Il dit quelque chose de bien plus profond : que la souffrance vécue en union avec le Christ n'est pas vide. Elle porte en elle une promesse. Elle est habitée. « Si l'on vous insulte pour le nom du Christ, heureux êtes-vous, parce que l'Esprit de gloire, l'Esprit de Dieu, repose sur vous. » (1 P 4, 14)
Et puis ces mots simples, décisifs :« Si c'est comme chrétien que vous souffrez, n'en ayez pas honte, et rendez gloire à Dieu pour ce nom-là. » (1 P 4, 16)
Rendre gloire à Dieu — même dans l'épreuve. Même quand rien ne semble répondre. C'est ce que Jésus lui-même a fait, en disant « Père » au moment où tout semblait se taire.
Frères et sœurs, nous vivons dans un monde qui confond souvent la gloire avec le succès, la reconnaissance, le confort. Mais la gloire dont parle l'Évangile aujourd'hui est d'une autre nature. Ce n'est pas l'éclat des honneurs humains. C'est la lumière de l'amour donné jusqu'au bout. Jésus n'a pas été glorifié malgré la croix. Il a été glorifié à travers elle — parce que c'est là que son amour pour le Père et pour nous s'est révélé dans toute sa profondeur. Et Pierre nous dit que nous aussi, lorsque nous traversons l'épreuve en restant fidèles, nous ne sommes pas abandonnés : l'Esprit de gloire repose sur nous.
Alors, laissons ces textes nous interroger aujourd'hui. Pour la gloire de qui est-ce que je vis ? Est-ce que je cherche ma propre reconnaissance, ou est-ce que je cherche à refléter, même imparfaitement, l'amour de Dieu ? Et dans les épreuves — les petites comme les grandes — est-ce que je fuis, ou est-ce que je reste, comme Jésus, tourné vers le Père ?
Jésus, à l'heure suprême, appelle le Père. Pas pour échapper à la souffrance. Mais parce que c'est là que se trouve l'amour. Et c'est cet amour qui, finalement, est la seule gloire qui dure.
Prions, frères et sœurs, pour pouvoir nous remettre tout entiers entre les mains du Père et du Fils. Et demandons la grâce de vivre, chaque jour, pour une gloire qui n'est pas la nôtre — mais qui, par amour, nous est donnée.
Père Léon Lee