Homélie du sixième dimanche de Pâques
Dans un recueil de poésie coréen, je trouve cette belle image : « Je t'aime comme une vieille rue. » La première fois que j'ai lu ces mots, mon cœur s'est réchauffé. Parce que chacun de nous sait ce qu'est une vieille rue. Ce n'est pas la rue la plus belle, ni la plus animée. Mais c'est un lieu où nous avons vécu....
Je pense à mes propres vieilles rues — les rues de mon enfance, celles de mes années d'école, celles que je parcourais à vélo en arrivant en France pour apprendre le français, les rues de Paris que j'aime bien. Chacune porte une part de moi. Et vous aussi, vous avez vos rues. Ces lieux qui gardent vos souvenirs, vos rires, vos larmes.
Mais aujourd’hui, je voudrais vous poser une question : quelle est votre rue la plus ancienne ? Celle qui ne change jamais, qui vous attend toujours, qui vous aime sans condition ? Pour moi, cette rue, c'est Jésus. L'Évangile d'aujourd'hui nous transporte au soir de la dernière Cène. Jésus vient de laver les pieds de ses disciples. Il sait ce qui l'attend — la trahison, l'arrestation, la croix. Et pourtant, dans ces derniers moments, il ne pense qu'à eux. Il leur fait deux promesses solennelles. La première : l'envoi de l'Esprit Saint. Dieu lui-même viendra habiter en eux, les guidera, leur fera comprendre tout ce dont ils ont besoin. Ils ne seront jamais laissés sans lumière. La deuxième : son retour. « Je ne vous laisserai pas orphelins. » Même quand le monde ne le verra plus, ceux qui l'aiment continueront à le voir, à le sentir, à le reconnaître dans leur vie.
Ce sont des promesses extraordinaires. Et pourtant — n'est-ce pas étonnant ? — elles sont adressées à ces mêmes disciples qui doutent, qui s'endorment, qui fuiront à l'heure du danger, qui nieront le connaître. Jésus le sait. Il n'est pas naïf. Mais il voit en eux quelque chose que peut-être eux-mêmes ne voient pas encore : il sait qu'ils l'aiment, et il croit en leur retour. Ce qui compte pour Jésus, ce ne sont pas nos fautes ni nos limites. Ce qui compte, c'est la conversion — ce mouvement du cœur qui revient vers lui. Comme la vieille rue qui attend sans se lasser, le Seigneur attend et promet d'être là. Frères et sœurs, soyons honnêtes. Il nous arrive de regarder notre vie avec déception. De ne pas reconnaître Dieu dans ce que nous traversons. De laisser monter en nous la rancœur, l'égoïsme, la lassitude spirituelle. Et parfois, c'est Dieu lui-même qui nous déçoit. Ce Dieu invisible. Ce Dieu silencieux dans nos moments les plus douloureux. Nous lui parlons, et il semble ne pas répondre. Nous cherchons sa présence, et nous ne trouvons que le vide.
Pourtant, il faut demander quelque chose de notre part. Pour retrouver une vieille rue, il faut y retourner. On ne peut pas en savourer les souvenirs depuis son canapé. Il faut se lever, prendre le chemin, et y aller.
De même, l'amour du Seigneur est là, toujours offert. Mais nous devons revenir vers lui. Lui confesser notre amour. Lui dire, même maladroitement, même timidement : « Seigneur, me voilà. Je suis revenu. » Et c'est à ce moment-là — pas avant, pas après — qu'il nous prend dans ses bras. Qu'il nous fait sentir que nous n'avons jamais vraiment été absents à ses yeux.
Frères et sœurs, en cette période pascale, le Seigneur ressuscité nous fait la même promesse qu'à ses disciples : Je suis là. Je ne vous abandonne pas. Je vous envoie mon Esprit. Aujourd'hui, il vous invite à revenir. Pas parce que vous êtes parfaits. Pas parce que vous avez tout compris. Mais parce qu'il vous connaît, et qu'il vous aime.
Père Léon Lee