Homélie du dimanche 14 juin 2026 — Paroisse Saint-Marc du Parmelan

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Homélie du dimanche 14 juin 2026

L'Évangile que nous venons d'entendre nous place devant une scène bouleversante. Jésus parcourt les villes et les villages, et il voit les foules — des foules épuisées, harcelées, qui errent comme des brebis sans berger. Et alors, quelque chose se passe en lui. L'évangéliste dit qu'il fut « saisi de compassion »....

... L'Évangile que nous venons d'entendre nous place devant une scène bouleversante. Jésus parcourt les villes et les villages, et il voit les foules — des foules épuisées, harcelées, qui errent comme des brebis sans berger. Et alors, quelque chose se passe en lui. L'évangéliste dit qu'il fut « saisi de compassion ».
C'est de là que tout part. Ce n'est pas d'une grande stratégie pastorale, ni d'un plan bien organisé. C'est de cette douleur intérieure devant la souffrance de l'autre. L'Évangile commence toujours là : dans le cœur qui s'ouvre et qui ose être touché.
Et c'est précisément dans cet élan d'amour que Jésus appelle ses disciples et leur confie une mission. La vocation chrétienne prend toujours racine dans ce regard : voir le monde comme Jésus le voit, et en être touché jusque dans les entrailles.

Regardons maintenant qui sont ces Douze que Jésus envoie. La liste est étonnante, presque dérangeante. Des pêcheurs aux mains calleuses, un publicain collaborateur de l'occupant romain, un zélote militant pour l'indépendance d'Israël… Des hommes aux tempéraments opposés, aux convictions irréconciliables. Il eût été inconcevable que Simon le Zélote et Matthieu le publicain partagent le même repas. L'un combattait Rome ; l'autre servait Rome. Entre eux, aucune entente naturelle n'était possible.
Et pourtant, Jésus les réunit autour d'une même table et d'une même mission : annoncer que le Royaume des cieux est tout proche. Comment cela est-il possible ? Non pas parce qu'ils étaient de bons caractères ou qu'ils s'appréciaient naturellement. Mais parce qu'il y avait entre eux un centre plus grand qu'eux : Jésus lui-même, ce foyer d'amour immense autour duquel tout le reste pouvait trouver sa juste place.
Frères et sœurs, notre communauté n'est pas différente. Nous venons d'horizons divers, avec des sensibilités différentes, des histoires parfois douloureuses, des caractères qui peuvent se heurter. Mais nous avons, nous aussi, un centre : le Seigneur. C'est lui qui nous rassemble. C'est lui qui peut faire de nous, malgré tout, un seul corps. Et remarquons encore ceci : Jésus n'a pas attendu que ses disciples soient parfaits pour les envoyer. Il a regardé, non pas leur faiblesse, mais la confiance qu'il leur portait. Ce n'est pas notre mérite qui nous envoie en mission, c'est l'amour du Seigneur qui nous précède.
La première lecture nous rappelle la promesse que Dieu fit à son peuple au Sinaï : « Si vous gardez mon alliance, vous serez mon domaine particulière, un royaume de prêtres, une nation sainte. » Une promesse au futur, encore en chemin.
Mais la lettre de saint Pierre nous annonce que cette promesse est désormais accomplie en Jésus-Christ : « Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis. » Plus un futur, mais un présent. C'est déjà notre identité.
Or, cette expression — un peuple acquis — mérite toute notre attention. Dans la Bible, elle ne désigne pas simplement un objet que l'on possède. Elle désigne un trésor que l'on a obtenu à un prix considérable, au terme d'un effort immense. Ce peuple a été « acheté » — et le prix, c'est la vie même du Fils de Dieu. Le monde évalue les choses par leur prix affiché. Dieu, lui, a apposé sur chacun de nous une étiquette singulière : la vie de son Fils bien-aimé. Cela signifie que chaque être humain, chaque baptisé, est un bien précieux, un chef-d'œuvre unique que rien au monde ne peut remplacer. Nous ne sommes pas des produits fabriqués en série. Nous sommes des êtres uniques et irremplaçables, façonnés par l'amour infini de Dieu. Il suffit de laisser entrer cette vérité : tu vaux le prix du Sang du Christ.
La Bible nous offre une dernière image, tirée du Deutéronome, que la tradition spirituelle a souvent méditée : celle de l'aigle et de ses petits. L'aigle mère, lorsque vient le temps d'apprendre à ses petits à voler, disperse le nid. Elle rend inconfortable ce qui était douillet et rassurant. Et lorsque l'aiglon tombe, elle plonge sous lui et le porte sur ses ailes, avant de le laisser recommencer. Cette image dit quelque chose d'essentiel sur la manière dont Dieu nous conduit. Parfois, il permet que notre vie soit ébranlée. Une épreuve survient, une perte, une période de vide ou d'insécurité. Le nid que nous croyions solide vacille. Dans ces moments-là, notre premier réflexe est la peur : et si nous tombions ? Mais Dieu nous dit : « Je vous portais sur des ailes d'aigle. » La mise à l'épreuve n'est pas un abandon. C'est une invitation à découvrir que nous pouvons voler — non pas par nos propres forces, mais en nous laissant porter par le souffle de Dieu. C'est dans le moment de fragilité que nous apprenons ce que nous ne pouvions apprendre dans le confort : la confiance totale en Celui qui nous tient.
Premièrement, nous sommes vus et aimés par un Dieu dont le cœur est touché jusqu'aux entrailles par notre condition.
Deuxièmement, nous sommes envoyés, non pas parce que nous sommes parfaits, mais parce que Jésus nous fait confiance — à nous, tels que nous sommes.
Et troisièmement, nous avons une valeur infinie aux yeux de Dieu. Nous sommes son trésor, acquis au prix de son Fils.
Alors, lorsque la vie viendra ébranler notre nid, souvenons-nous des ailes de Dieu qui nous soutiennent. Et avançons — avec gratitude, avec confiance, avec la fierté tranquille de ceux qui savent qu'ils sont aimés.

Père Léon Lee