Homélie du dimanche 2 août — Paroisse Saint-Marc du Parmelan

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Homélie du dimanche 2 août

Juste avant l'Évangile que nous venons d'entendre, saint Matthieu nous rapporte la mort de Jean-Baptiste. Cet homme qui n'avait fait que dire la vérité selon la volonté de Dieu fut décapité par Hérode — et pour quel motif ? Pour satisfaire le caprice d'une jeune fille qui avait su plaire par sa danse. En apprenant cette nouvelle absurde et injuste, Jésus se retire dans un lieu désert. Pleurait-il la mort de son cousin ? Pressentait-il que sa propre renommée allait, elle aussi, attirer l'attention d'Hérode ? Nous ne le savons pas avec certitude. Une chose est sûre : Jésus cherchait à s'écarter, à trouver un peu de solitude, loin des foules, de leurs demandes, de leurs attentes....

 Mais les gens ne le laissent pas tranquille. Ils devinent où il se rend et l'y précèdent à pied — car ce sont des malades et des pauvres, qui n'ont pas les moyens de se déplacer autrement. Et lorsque Jésus arrive enfin dans ce lieu qu'il espérait désert, que voit-il ? Une foule immense. Le repos qu'il cherchait s'évanouit devant ces regards suppliants, ces voix qui implorent. Et Jésus ne peut pas détourner les yeux. Il prend leurs mains, une à une, et il guérit.

 Le soir tombe. Les disciples, raisonnables, suggèrent à Jésus de renvoyer la foule vers les villages pour qu'elle puisse se nourrir. Mais Jésus leur répond : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Les disciples s'exclament, presque effrayés : « Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. » Ce qu'ils veulent dire, c'est : Nous n'en avons même pas assez pour nous-mêmes — comment pourrions-nous nourrir tous ces gens ?  

 C'est une pensée bien humaine. C'est même, très souvent, la nôtre. 

 Et pourtant, Jésus demande qu'on lui apporte ces cinq pains et ces deux poissons. Il lève les yeux vers le ciel, 

il rend grâce, il bénit, et fait distribuer par les mains de ses disciples. Cinq pains et deux poissons nourrissent cinq mille hommes, et il en reste encore douze paniers pleines. C'est le miracle que nous célébrons aujourd'hui.

  Mais, ce qui compte n'est pas d'abord le miracle en lui-même — cette multiplication extraordinaire du pain. Ce qui compte, c'est de contempler le cœur de Jésus. Ce cœur qui, désirant la solitude, n'a pourtant pas su résister à la détresse d'une foule affamée. Les disciples regardaient cette foule avec leur raison : ils comptaient, ils calculaient, ils concluaient à l'impossible. Jésus, lui, regardait cette même foule avec son cœur. Et le cœur voit ce que la raison ne voit jamais : il voit au-delà du calcul, il voit la compassion, il voit l'amour qui rend possible ce qui semblait impossible. Cette différence entre la raison et le cœur est peut-être la clé de tout l'Évangile d'aujourd'hui.

 Je pense à cette histoire qu'on raconte d'un étudiant de Harvard parti en Afrique pour rencontrer le docteur Schweitzer et recevoir son enseignement. Arrivé sur place, le docteur refuse obstinément de le recevoir. L'étudiant, vexé qu'on ne l'accueille même pas — lui, étudiant d'une université si prestigieuse — s'apprête à repartir, déçu. Mais une pluie violente s'abat alors sur le village, qui se retrouve submergé. L'étudiant aperçoit un enfant lépreux en train de se noyer, et sans hésiter, il se jette à l'eau pour le sauver. C'est seulement alors que le docteur Schweitzer vient le trouver et lui dit : « Je t'ai observé plusieurs jours, et rien en toi ne me semblait prêt, ni digne, à recevoir mon enseignement. Mais en te voyant sauver cet enfant, j'ai vu que tu portais en toi un cœur de compassion. Ce qui peut sauver le monde, ce n'est ni la médecine, ni le savoir : c'est ce cœur-là. »

  Frères et sœurs, si Dieu nous regardait seulement avec sa raison, qui parmi nous pourrait être sauvé ? Devant la stricte justice, personne ne tiendrait. Mais Dieu nous regarde avec son cœur — et le cœur de Dieu pardonne, embrasse, ne rejette personne. Dieu est amour, et cet amour ne connaît pas de limite : il pardonne jusqu'à nos péchés les plus lourds, il enveloppe toute notre existence. C'est par cet amour, et non par nos mérites, que nous sommes sauvés. C'est cela, la grâce — et personne n'en est exclu.

 Le miracle des pains n'est donc pas d'abord un prodige spectaculaire. C'est la manifestation visible d'un cœur qui ne peut pas ne pas se laisser toucher par la faim des autres — une faim de pain, mais aussi une faim plus profonde, celle de la vie et de l'amour.

  Frères et sœurs, demandons-nous aujourd'hui : est-ce que je regarde mes frères et sœurs avec ma raison — qui calcule, qui compte ce qui me manque, ce que je n'ai pas assez pour donner — ou est-ce que je les regarde avec le cœur de Jésus, ce cœur qui trouve toujours un moyen de partager, même à partir du peu que l'on a ?

  Puissions-nous rendre grâce pour l'amour et la miséricorde du Seigneur, et devenir capables de partager cette même vie d'amour, d'abord entre nous, dans notre communauté paroissiale, et ensuite avec tous ceux qui ne connaissent pas encore le Christ. Que le Seigneur nous donne, à nous aussi, ce cœur qui voit au-delà des calculs — ce cœur qui aime.

Amen.