Homélie du 21 juin 2026 — Paroisse Saint-Marc du Parmelan

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Paroisse Saint-Marc du Parmelan Paroisse Saint-Marc du Parmelan
Newsletter

Homélie du 21 juin 2026

En ce moment même, la guerre entre l'Ukraine et la Russie se poursuit, et au Moyen-Orient, le conflit opposant les États-Unis, Israël et l'Iran fait rage. La violence militaire et la brutalité du pouvoir, la crise économique et l'incertitude du quotidien sont brandies en permanence pour graver dans les esprits une « peur » constante. Cette « peur » rend les gens insensibles aux valeurs de la paix véritable et des droits humains, les réduisant finalement à l'état d'« esclaves » soumis aveuglement à la logique de la force. C'est précisément dans ce contexte que retentissent aujourd'hui les paroles de Jésus et l'expérience bouleversante du prophète Jérémie....

....  Jérémie n'est pas un homme qui ignore la peur. Il l'a vécue de l'intérieur, dans sa chair et dans son âme. « J'entends les calomnies de la foule : Dénoncez-le ! Tous mes amis guettent mes faux pas. » Ces mots sonnent d'une vérité troublante, car ils résonnent encore aujourd'hui : la trahison des proches, l'isolement, la menace sourde qui pèse sur celui qui ose dire la vérité.

 Et pourtant, au cœur même de cette détresse, quelque chose se retourne en lui : « Mais le Seigneur est avec moi tel un guerrier redoutable. » Ce n'est pas une victoire facile, ni un optimisme naïf. C'est la foi d'un homme brisé qui, malgré tout, refuse de laisser la peur avoir le dernier mot. Jérémie n'est pas délivré de la souffrance — il est délivré par la confiance. Et c'est cette confiance qui lui permet de crier : « Chantez le Seigneur, car il a délivré le malheureux de la main des méchants. »

 La semaine dernière, Jésus avait choisi et envoyé ses douze disciples. Aujourd'hui, il les prépare à la persécution avec une parole déconcertante : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l'âme. Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » En apparence, ces paroles semblent simplement nous dire : ne craignez pas la perte de l'argent, du pouvoir, ni même la mort du corps — craignez Dieu seul. Mais Jésus nous invite à aller plus loin : il nous demande de réfléchir à la direction vers laquelle doit ultimement se tourner la peur qui habite notre intériorité.

 Alors, nous, chrétiens, de quoi devons-nous vraiment avoir peur ? Ce dont nous devons véritablement avoir peur, c'est de perdre ce que nous sommes fondamentalement : des êtres créés à la sainte image de Dieu. Nous devons redouter, par-dessus tout : de devenir insensibles — incapables de comprendre la souffrance d'autrui, de nous murer dans un lâche silence face à l'injustice pour préserver notre seul confort, de laisser échapper des paroles de haine et de mépris envers ceux qui pensent différemment de nous. Ces visages-là — l'insensibilité, la lâcheté, la violence des mots — voilà ce qui devrait nous faire trembler bien davantage que la mort du corps.

 Si le chrétien « craint » Dieu, ce n'est pas par peur d'être puni par Lui. C'est la crainte d'oublier l'amour de la croix que Jésus nous a manifesté, de ne pas aimer suffisamment le prochain qui se trouve à mes côtés aujourd'hui.

 Jésus nous dit que deux moineaux se vendent pour un sou, et que pourtant « pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. » Et il ajoute : « Vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. » Dieu connaît chacun de nous dans notre fragilité la plus intime. Il ne nous regarde pas avec les yeux de la performance ou du mérite, mais avec les yeux d'un Père dont l'attention ne faiblit jamais.

 Celui qui porte en lui cette crainte orientée vers Dieu ne redoute plus le pouvoir du monde ni le regard des autres. Car il croit fermement que Dieu seul est son unique et miséricordieux juge.

 Frères et sœurs, regardons en face le visage de la crainte vers lequel notre cœur doit véritablement se tourner aujourd'hui. Ma peur porte-t-elle le visage de l'effroi — née de l'angoisse et de l'attachement à ce que l'on pourrait perdre ? Ou bien porte-t-elle le visage de la crainte révérencielle devant l'immense amour de Dieu ?

 La force profonde qui nous arrache à l'abîme de la peur que le monde nous inflige, c'est précisément l'image de Dieu(Imago Dei) gravée au plus intime de notre être. Parce que Dieu nous a créés à sa sainte image, nous pouvons, même au cœur des oppressions du monde, œuvrer à une paix véritable, rechercher la justice face à l'injustice, et pratiquer l'amour sans relâche.

 Comme Jérémie qui, au fond de la détresse, a su redresser la tête vers le Seigneur, puissions-nous nous aussi, sans céder à la peur que le monde nous impose, vivre chaque jour dans la mémoire de notre dignité inestimable aux yeux de Dieu — sachant que nous valons, aux yeux du Père, bien plus que tous les moineaux du monde.

«Chantez le Seigneur, car il a délivré le malheureux de la main des méchants. » — Jr 20,13

Père Léon Lee