Homélie du cinquième dimanche de Pâques
C’est dans ce contexte de départ imminent que Pierre pose la question que nous portons tous face au deuil ou à l’inconnu : « Seigneur, où vas-tu ? ». La réponse de Jésus est mystérieuse : « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ». L’Évangile d’aujourd’hui est la suite directe de ce dialogue. C’est une main tendue par le Christ pour apaiser le trouble de ses amis. Quand Thomas demande : « Comment pourrions-nous en connaître le chemin ? », il cherche sans doute un itinéraire géographique, une méthode ou une doctrine. Mais le « chemin » dont parle Jésus est bien plus radical : c’est Lui-même en acte.
Le chemin qui mène au Père, c’est le don total de soi. Pour Jésus, ce chemin passe par Gethsémani, par le poids du bois sur l’épaule, jusqu’à l’expiration sur le Golgotha. Nous pourrions être effrayés par cette perspective, mais la Résurrection vient éclairer ce mystère : elle nous prouve que l’amour qui se donne ne peut être enchaîné par la mort.
Jésus nous bouscule dans nos certitudes humaines. Notre nature nous pousse à posséder, à accumuler, à fuir la souffrance. Le Seigneur, lui, nous révèle que la véritable vie se trouve dans le renoncement par amour. Mourir à son égoïsme, c'est ouvrir la porte de la maison du Père.
« Montre-nous le Père » : Voir avec le cœur
Philippe, lui aussi, est encore dans le brouillard. « Seigneur, montre-nous le Père, cela nous suffit ». Il ne réalise pas que depuis trois ans, il marche, mange et dort à côté du Père rendu visible.
En Jésus, l’invisible devient proche. Chaque geste de tendresse, chaque guérison, chaque parole de pardon était une manifestation du Père. Pourquoi ? Parce que le Père est Amour. Dans ce texte, le mot « amour » n’est pas écrit noir sur blanc, mais il transpire à chaque ligne. Jésus dit en substance : « Je vais vers la mort par amour, et cet amour est le seul pont vers l’éternité. »
Cette compréhension n'est pas venue tout de suite aux disciples. Il leur a fallu traverser le vendredi saint et la joie de Pâques pour oser, à leur tour, aimer jusqu’au bout. Une tradition célèbre nous raconte que Pierre, fuyant les persécutions à Rome, croisa le Seigneur sur la voie Appia. Voyant Jésus porter sa croix vers la ville qu'il venait de quitter, Pierre demanda : « Quo vadis, Domine ? » (Seigneur, où vas-tu ?). Et le Christ de répondre : « Je vais à Rome pour être crucifié à ta place ». Cette rencontre a tout changé. Pierre a fait demi-tour. Il a compris que suivre le Chemin, c'est accepter d'être là où l'amour réclame notre présence, même au prix de notre confort ou de notre vie.
Que cette Eucharistie nous donne force et courage, Qu’elle nous enracine dans la Foi, l’Espérance et l’Amour pour qu’au cœur de ce monde, nous suivions le Christ Jésus, Chemin, Vérité et Vie et que nous le laissions nous conduire au Père.
Père Léon Lee