Catholiques 74 - juin
Édito
"L'Église"
par Mgr Yves Le Saux, évêque d'Annecy
Quand j’avais 18 ans, j’ai été bouleversé par la personne de Jésus. Avec les années, je suis de plus en plus bouleversé par le mystère de l’Église. Que Dieu ait voulu se donner à l’humanité à travers des hommes et des femmes, des institutions, terriblement fragiles et limités, c’est-à-dire nous. L’humilité de Dieu qui choisit de passer par la médiocrité des hommes.
Pour comprendre ce qu’est l’Église, il faut partir du plan de Dieu sur l’humanité. Tout s’origine dans l’amour de Dieu qui veut établir, ou rétablir, l’humanité tout entière dans la communion avec lui. « Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a voulu élever les hommes à la participation de la vie divine ; [à laquelle il appelle tous les hommes dans son Fils]. Tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les convoquer dans la sainte Église. » 1, dit le concile Vatican II.
Pour le dire autrement, la finalité de l’Église n’est pas de s’occuper, comme n’importe quelle association terrestre, de se maintenir en vie pour elle-même. L’Église est là pour permettre à chacun de nous et à tous d’avoir accès à la vie éternelle. La définition la plus forte de l’Église est sans doute dans la constitution Lumen Gentium : « Le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la Bonne Nouvelle de l’Évangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (cf. Mc 16, 15). L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. » 2
Donc, l’Église n’est pas une organisation du religieux pour les catholiques. Sa raison d’être, c’est la mission. L’Église doit être missionnaire et cela nous concerne tous. Ce n’est pas un simple problème de diffusion ou de recrutement pour faire le plein de nos oeuvres ou de nos églises. Si nous vivons la foi comme un produit à usage interne, pour notre consolation ou la réussite spirituelle de notre vie, nous nous exposons à voir la foi se dissoudre ou s’éteindre. Notre foi ne peut être vivante et vivifiante – et donc féconde – que si notre communion avec le Seigneur grandit et si nous la partageons, que si nous prenons le risque de l’annoncer aux hommes et femmes de notre époque.
Le Seigneur Jésus n’a pas rassemblé ses disciples pour simplement améliorer leur condition de pêcheurs du lac de Tibériade, ou leur pratique religieuse. Il les a appelés pour aller au large, avancer en eaux profondes, pour devenir les témoins d’une bonne nouvelle qui s’adresse à tous. Si nous n’entrons pas résolument dans la mission d’annoncer l’Évangile, nous nous exposons à ne plus croire qu’elle est bonne et pertinente pour nous-même. Une foi qui ne se partage pas est une foi qui se dessèche. Et cette mission, c’est à chacun de nous qu’elle est confiée.
Nous aurons à en rendre compte. Il y a un lien étroit entre notre communion intime avec le Christ, notre unité entre nous et le rayonnement missionnaire. Jésus veut des évangélisateurs pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, à haute voix, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant. Des évangélisateurs, non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu.
1 Concile Vatican II – Constitution dogmatique Lumen Gentium, n°2
2 Ibid n°1
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Diocèse d'Annecy