Catholiques 74 - mars
Édito
"L'appel à la conversion"
par Mgr Yves Le Saux, évêque d'Annecy
Avançons de manière déterminée et avec joie dans le temps du Carême, tendus vers la célébration de la mort et résurrection du Seigneur. Le Carême est le temps au cours duquel nous accompagnons les catéchumènes qui vont recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne lors de la Veillée pascale et au cours du temps pascal.
Chaque année, nous sommes invités à la conversion. Nous avons à prendre au sérieux l’appel à la conversion, à entrer de manière résolue dans la joie de la conversion, car il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour tous ceux qui n’ont pas besoin de conversion. Demandons au Seigneur de comprendre que le pécheur qui doit se convertir, c’est moi.
Se convertir, c’est changer et se laisser éclairer sur ce qui doit changer en nous, dans notre manière de vivre, de penser, de parler, de nous comporter, dans nos relations aux autres. Pour vivre dans une conformité plus grande à la Parole de Dieu.
La conversion n’est pas en premier lieu le fruit d’une introspection, mais le fruit d’une rencontre, ou nouvelle rencontre, avec le Christ. À la manière de Zachée, à qui Jésus dit : « Zachée, descends vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Jésus ne lui pose aucune condition pour venir chez lui, il lui demande seulement de descendre de son arbre. Dès que Jésus entre chez Zachée, ce dernier change de vie. Il s’agit de laisser Jésus entrer dans nos vies. L’Église nous propose chaque année d’entrer dans ce chemin de conversion en prenant les moyens que sont la prière, le jeûne, le partage. Il est bon de s’y arrêter.
LA PRIÈRE
Où en sommes-nous ? Y a-t-il encore un espace dans nos vies quotidiennes pour trouver le silence qui permet d’entrer en dialogue avec Jésus ? Dans l’encyclique Dilexit nos, le pape François invite à retrouver le chemin du cœur, le centre le plus profond de nous-mêmes, où nous retrouvons notre unité, le lieu où Dieu nous parle. Saint Jean Paul II, disait : « La prière, on l’appelle le plus souvent un colloque, une conversation, un entretien avec Dieu. En conversant avec quelqu’un, non seulement nous parlons, mais aussi nous écoutons. La prière est donc aussi une écoute. Elle consiste à se mettre à l’écoute de la voix intérieure de la grâce, à l’écoute de l’appel. Le pape prie comme tous les chrétiens, il parle et il écoute. Parfois il prie sans paroles et alors il écoute d’autant plus. Le plus important est précisément ce qu’il entend. »
LE JEÛNE
Il ne s’agit pas uniquement de se priver de nourriture, ni de réaliser une prouesse ascétique. Mais en nous privant de nourriture, de nous rappeler que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4), de renoncer à satisfaire tous nos désirs immédiats qui nous emprisonnent. Nous voulons revenir à ce qui est vraiment essentiel. Vous le savez, on peut – et peut-être est-ce nécessaire – jeûner aussi d’autres choses, du téléphone, des écrans, des réseaux sociaux, des jeux virtuels – qui sont devenus des addictions, qui nous abrutissent – se détacher de notre dépendance à la consommation, au luxe, à la superficialité… pour apprendre la liberté.
LE PARTAGE
La foi opère par la charité. Et la charité, ce ne sont pas des sentiments mais des actes. La prière et le jeûne n’ont aucune signification s’ils ne conduisent pas au partage, à des gestes concrets où l’on donne de son temps, de ses compétences, de son argent aux plus fragiles et démunis de nos frères. Le partage est le lieu de vérification de notre conversion. Je pense aux propos presque violents du pape Léon dans sa lettre Dilexi te : « L’illusion d’un bonheur qui découlerait d’une vie aisée pousse nombre de personnes à avoir une vision de l’existence axée sur l’accumulation de richesses et la réussite sociale à tout prix. […] Ainsi, dans un monde où les pauvres sont de plus en plus nombreux, nous assistons paradoxalement à la croissance de certaines élites riches qui vivent dans une bulle de conditions très confortables et luxueuses, presque dans un autre monde par rapport aux gens ordinaires. Cela signifie que persiste encore – parfois bien masquée – une culture qui rejette les autres sans même s’en rendre compte et qui tolère avec indifférence que des millions de personnes meurent de faim ou survivent dans des conditions indignes de l’être humain. » (Pape Léon, Dilexi te, n° 11).
Convertissons-nous et croyons à la Bonne Nouvelle.
Diocèse d'Annecy