Homélie de Mgr Le Saux - dimanche 25 janvier 2026 — Paroisse Notre-Dame de l'Aumône en Albanais

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Homélie de Mgr Le Saux - dimanche 25 janvier 2026

lors de la messe du monde agricole à Moye

Il est bon de nous retrouver ensemble pour célébrer l’Eucharistie, alors qu’une crise d’une immense complexité traverse à nouveau le monde des éleveurs et des paysans. Bien sûr je pense à tous ceux qui ont été, et sont touchés par l’épidémie de dermatose nodulaire et son traitement par l’abattage des troupeaux contaminés.
Mais la crise est plus profonde, car le monde de l’élevage, de l’agriculture, est au carrefour de nombreuses questions, économiques, fiscales, sanitaires, écologiques, alimentaires, et elle rejaillit de manière violente aujourd’hui et suscite colère et division.
Beaucoup se sentent seuls et oubliés, agressés et incompris, quand les autorités publiques semblent ne plus entendre et ne plus écouter.
L’absence de vision claire pour l’agriculture française et les divergences d’analyse, les divergences syndicales, viennent ajouter à la souffrance.
C’est tout cela que nous voulons mettre devant Dieu aujourd’hui. Que le Seigneur nous éclaire sur ce que nous pouvons faire ensemble.
Un ami paysan m’a dit un jour : « Nous n’avons pas oublié Dieu, nous le rencontrons dans nos champs, mais nous avons parfois le sentiment que l’Eglise nous a oubliés. » c’est parfois vrai. Aujourd’hui je voudrais vous dire que, modestement, les chrétiens du diocèse d’Annecy veulent être avec vous et tout faire pour mieux écouter et comprendre les enjeux.

Les enjeux, les questions que vous portez dépassent largement vos professions. Votre travail est au carrefour des questions qui touchent au fondement de la vie humaine, parque qu’elles touchent au rapport de l’Homme à la nature, à la terre et aux animaux.
Aujourd’hui est remise en lumière pour nous, croyants, notre relation avec toute la Création, le ciel, la terre, les océans, les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux. Tout cela nous est confié, non pour que nous les détruisions, mais pour que nous les gérions.
Nous sommes les jardiniers d’un jardin qui ne nous appartient pas. Nous aurons à rendre compte de notre gestion devant Dieu.

Les agriculteurs, les éleveurs, ont aussi la mission de nourrir l’humanité. C’est la grandeur et la dignité de votre travail : permettre à l’Homme de se nourrir. Se nourrir suffisamment, mais aussi de manière bonne et saine.
Le rapport de l’Homme à la nourriture engage sa dignité.
Ces enjeux ne peuvent se réduire à l’économie. Les critères ne peuvent pas être seulement le profit et l’argent. Voilà pourquoi nous sommes là : pour prier ensemble. Voilà pourquoi Dieu a quelque chose à voir avec le monde des éleveurs et des agriculteurs. Il a créé le monde et cela était bon et beau. Et en devenant homme, dans son incarnation il s’est uni à tout Homme.
La nuit de Noël, j’ai pensé que Jésus est né dans une étable – que la Tradition de l’Eglise y a mis un âne et un bœuf – et que les premiers à avoir entendu et accueilli la Bonne Nouvelle du Salut, ce sont des bergers, des éleveurs.
J’ai pensé que tout cela avait un sens profond. A Noël, la Lumière est entrée dans le monde, et cela à partir d’une étable.

Arrêtons-nous sur les paroles de l’Ecriture qui nous sont données en ce dimanche.

Il est question de Lumière.
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » dit la Première Lecture.
Le Psaume nous dit aussi : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? »
Ces passages se réalisent en Jésus, lui la Lumière du monde venue éclairer tout Homme en ce monde.
Et dans le récit de la Nativité il est dit que les peuples sont enveloppés d’une grande lumière.
La lumière symbolise d’abord la connaissance de la vérité, en opposition à l’obscurité du mensonge. Nous approcher du Christ, c’est renoncer au mensonge et à ce qui est superficiel.
Ne pas avoir peur de la vérité, la vérité rend libre.

La lumière donne aussi de la chaleur, elle signifie aussi l’Amour. Là où il y a l’amour, apparait une lumière dans le monde. Dans l’étable de Bethléem est apparue la Grande Lumière qu’attend le monde. Cette Lumière, c’est l’Amour même de Dieu et cette Lumière est Vérité.
Laissons-nous éclairer, n’ayons pas peur de la vérité sur la personne humaine, sur nous-même.
Nous avons besoin de Dieu, Dieu qui s’approche, pour comprendre le vrai sens de nos vies.
Plus tard, Jésus dira à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde ». Si nous sommes disciples de Jésus, nous avons à être lumière au milieu des ténèbres.

Et Jésus ajoute : « Que votre lumière brille devant les hommes. Alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront grâce à votre Père qui est aux cieux. »
Alors, pour reprendre les paroles de saint Paul : « Du milieu des drames qui nous entourent, ne nous lassons pas de faire le Bien, car le moment venu, nous récolterons si nous ne perdons pas courage. »(Lettre de saint Paul aux Galates – ch 6, v 9)
Je me permets aussi de relever ces propos de saint Paul adressés aux chrétiens de Corinthe :
« Ayez tous un même langage, qu’il n’y ait pas de division entre vous. Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères, qu’il y a entre vous des divisions. »
Je ne veux pas trop insister sur le sujet, car nous le savons, ces divisions existent et elles sont douloureuses.
Il n’est pas anormal qu’il y ait des analyses différentes, surtout dans des situations complexes, mais cela ne justifie jamais les insultes, les violences et autres intrigues.
Pour nous, chrétiens, notre unité est dans le Christ, qui est mort et ressuscité pour nous réconcilier avec Dieu et entre nous.
Je ne sais comment faire, ni en réalité que dire. Supplions le Seigneur qu’il nous accorde la sagesse, qu’il nous donne le courage de renoncer à la rancoeur, à la vengeance et à la haine.
Nous ne pouvons pas ne pas entendre cet appel de saint Paul.

Dans l’Evangile nous est aussi rapporté l’appel des premiers disciples de Jésus. Premiers disciples que Jésus vient chercher au milieu de leur travail.
Tout commence par un regard. Il nous est dit que Jésus « vit ». Il a posé son regard sur chacun d’entre eux. Il voit en eux plus qu’eux-mêmes. Un regard bienveillant qui réveille en eux ce qu’il y a de plus beau, de plus généreux.
Il s’agit d’abord de Pierre et André, deux frères, puis de Jacques et Jean, encore deux frères. C’étaient des pécheurs.
Pierre et André, Jacques et Jean, vont suivre Jésus. « Aussitôt ils le suivirent. »
Suivre Jésus n’est pas réservé à quelques originaux qui auraient une mission spéciale. Suivre Jésus, c’est la définition de ce qu’est un chrétien. C’est chacun de nous qui est appelé à suivre Jésus.
Tous, nous sommes appelés à suivre Jésus selon des modalités propres à chacun. C’est ce qu’avait compris François de Sales lorsqu’il dit que la dévotion doit être proposée à tous et vécue par tous, selon les conditions particulières de la vie de chacun. Il l’exprime dans un langage « agricole » :
« Dieu commanda à la Création, aux plantes, de porter leurs fruits chacun selon leur genre. Ainsi commanda-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Eglise, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et sa vocation. La dévotion doit différemment être exercée par le gentilhomme, par l’artisan, le valet, par la veuve, par la fille. Et non seulement cela, mais il faut l’accommoder aux forces et affaires et devoirs de chacun. »
Il s’agit d’être un agriculteur, un paysan, un éleveur chrétien, disciple de Jésus.

Il nous est dit que Pierre et André laissent leurs filets et que Jacques et Jean, leur barque et leur père.
Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?
Faut-il laisser derrière nous nos femmes, nos troupeaux ? Non.
Mais suivre Jésus, être chrétien, modifie notre relation aux biens matériels, à l’économie et aux personnes.
Il est légitime de gagner sa vie, mais le but n’est pas de s’enrichir. Le but de notre vie ne peut pas être notre porte-monnaie.
Bien-sûr, nous avons à prendre soin de nos proches, de nos parents, mais nous ne leur appartenons pas et ils ne nous appartiennent pas. Nous appartenons au Christ.
Comment suivre le Christ quand on est éleveur et agriculteur ?
Comment être lumière du Christ dans les situations terribles que nous traversons, alors que le monde agricole traverse une nouvelle épreuve, que beaucoup vivent de profondes détresses, parfois traversés par une colère légitime ?
Je veux vous redire le désir d’être avec vous et d’avancer avec vous, à la suite du Christ, Lumière dans les ténèbres.

Mgr Yves Le Saux
Evêque d’Annecy