Catholiques 74 - février
Édito
"Dieu le premier nous a aimés"
par Mgr Yves Le Saux, évêque d'Annecy
À peine sortis du temps de Noël, nous allons dans quelques jours entrer dans le temps du Carême. Aux origines du christianisme, le Carême a trouvé sa place dans la vie de l’Église comme un temps proposé aux catéchumènes qui allaient recevoir le baptême lors de la nuit de Pâques. Quarante jours pour une ultime préparation à recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne. Le Carême a pour premier but d’accompagner les futurs baptisés de Pâques.
Chacun de nous est aussi appelé à renouveler les promesses de son baptême – ce que nous ferons lors de la Veillée pascale – invités à renouveler la rencontre personnelle avec Jésus, au moins à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui. Il n’y a pas de motif pour que quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, puisque personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur. Quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci l’attendait déjà.
Lors de la nuit pascale, nous serons invités une nouvelle fois à renoncer au Mal et à tout ce qui conduit au Mal. Invités, de manière renouvelée, à désirer suivre Jésus, à plonger à nouveau dans la vie nouvelle qui nous est donnée dans la mort et résurrection du Christ. Invités à choisir la Sainteté. Car la première conséquence de notre baptême, c’est que nous sommes appelés à la Sainteté. « Tous les membres de l’Église sont appelés à la Sainteté. L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ. » 1
Nous laisser transformer par la Charité même de Dieu. La Sainteté n’est pas d’abord le fruit d’un effort, d’un cheminement difficile que seuls quelques-uns sont en capacité de réaliser. La Sainteté, c’est « nous laisser aimer et libérer par Dieu. C’est la rencontre entre notre faiblesse et la force de la grâce. » « Laisse la grâce de ton baptême porter du fruit dans le cheminement de sainteté, sois ouvert à Dieu, et pour cela choisis-le, » disait le pape François. 2
Tendre à la perfection de la Charité. Ce que le Seigneur attend de nous – ou plus exactement veut réaliser en nous – c’est aimer Dieu et aimer notre prochain. Ces deux commandements sont en réalité indissociables, l’un étant le lieu de vérification de l’autre. Dieu le premier nous a aimés. Il nous fait voir son Amour et nous pouvons nous aussi répondre à son Amour. Dieu ne nous impose pas un sentiment que nous ne pouvons pas susciter en nous-mêmes. Il nous aime. Il nous fait voir son Amour et nous pouvons l’expérimenter. Et à partir de cet Amour premier de Dieu, en réponse, l’amour peut aussi jaillir en nous.
Pour aimer, il faut en premier lieu nous laisser aimer. Pour pardonner, il faut avoir accueilli le pardon dans notre propre vie. Lorsque l’on a compris cela, on est saisi et l’amour du prochain devient possible. Il consiste à aimer en Dieu, avec Dieu.
Se laisser transformer par la Charité de Dieu, c’est cela la Sainteté. Tout vient de l’Amour premier de Dieu. Nous avons à faire sans cesse l’expérience de l’Amour donné de l’intérieur. L’Amour est divin parce qu’il vient de Dieu et unit à Dieu. Un amour qui, par nature, doit se partager aux autres. L’Amour grandit par l’Amour, il nous transforme, il nous conduit à surpasser nos divisions et nous fait devenir un, jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. C’est pour demander cela que nous avons consacré le diocèse au Sacré-Cœur.
1 Concile Vatican II – Lumen Gentium, chapitre V – 40
2 Pape François – Exhortation apostolique Gaudete et exultate – La joie et l’allégresse
Diocèse d'Annecy