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Paroisse Saint-Marc du Parmelan Paroisse Saint-Marc du Parmelan

Témoignage des frères Jaccard

Retrouvez ici l'intégralité du témoignage des frères Jaccard, suite à l'article paru dans Théolien. Parmi toutes nos missions à travers le monde, nous avons eu le bonheur de travailler dix ans avec Mère Teresa dans une grande léproserie où vivaient 500 lépreux et autour de laquelle gisaient 27 000 malades de la lèpre qui attendaient une place...

Mère Teresa était une femme très réaliste : une très grande sainte. Mais elle avait un caractère entier. Elle savait ce qu’elle voulait.

Un jour nous sommes allés la trouver pour lui dire que ce serait bien que toutes les religieuses qui sont dans les léproseries puissant soigner correctement les pieds infectés souvent pourris des malades. Pendant trois heures, elle nous dit : « Ne changez pas ma congrégation. » Notre réponse très simple : « Nous ne voulons pas changer quoi que ce soit à votre congrégation  mais ce serait bien que vos sœurs aient une petite  formation. Pendant trois heures, la conversation n’aboutissait à rien. A la fin  elle a frappé sur la table en nous disant : « Les frères vous avez la tête dure comme cette table ». Nous nous sommes levés et nous nous sommes approchés du mur et lui avons dit « Mère Teresa, vous avez la tête plus dure que ce mur ». Nous nous sommes quittés « mi figues mi raisins ». Mais le matin suivant après l’eucharistie, elle est venue vers nous en nous disant : « J’ai beaucoup réfléchi. J’ai prié cette nuit et c’est vous qui avez raison ». Quelle humilité. Et quel regard profond sur l’ Evangile.

C’était une prophète elle saisissait les choses

Mère Teresa a une vocation très très spéciale. Elle a découvert au contact des pauvres qu’il fallait les aimer comme Jésus. Elle a consacré toute sa vie non seulement aux élèves qu’elle a enseigné mais aux pauvres qui trainent dans les rues. Elle a fait pour eux des asiles. Mère Teresa vivait de la présence de l’Esprit saint et était toute concentrée . Elle parlait peu mais disait des choses très percutantes.

Elle voulait aller jusqu’au bout des décisions qu’elle prenait.  Elle voulait venir elle-même à Rome pour demander un visa pour nous. Elle ne déléguait pas facilement. Quand elle rentrait de voyage, elle lisait elle même les lettres qu’elle recevait par sac entier. On sentait qu’elle vivait un amour intérieur très grand et très profond. Elle nous faisait partager dans la foi ce que le Seigneur lui disait à propos des petits handicapés et des mourants, des lépreux et des pauvres du monde entier.  Dès qu’elle savait qu’il y avait une catastrophe elle le partageait avec ses sœurs. Si un pont avait sauté, elle entrait dans l‘eau et allait voir les gens de l’autre coté du fleuve.

Elle vivait dans une pauvreté totale et ne s’occupait absolument pas d’elle. Elle savait que le Seigneur était avec elle et elle lui faisait absolument confiance.

Alors que les sœurs de léproserie avaient beaucoup de travail et lui avaient dit, elle leur demanda combien de temps elles passaient en Adoration. Elles répondirent « 1h ». Elle leur a dit « Faites une heure de plus. Au lieu d’une, vous en ferez deux ». Elle recevait des dons. Les donateurs lui faisaient totalement confiance. Elle n’avait pas à donner de comptes de ce qu’elle faisait. Elle répondait à des besoins urgents.

Ce qui nous a beaucoup marqué est sa disponibilité, sa charité, sa confiance en Dieu totale.

En écoutant ses interlocuteurs, elle écoutait la réponse de Jésus et elle avait une détermination très grande. Rien ne pouvait l’arrêter. On se demande comment elle pouvait se reposer.  Son temps n’était pas à elle. Un jour elle a envoyé le père Hnilicka pour consacrer la Russie à la Vierge. Comme il  n’avait pas de passeport, elle lui a donné son chapelet pour passer la douane. Evidemment les policiers n’ont pas accepté ce genre de passeport. Ils l’ont fait attendre deux jours dans la salle d’attente. Et après deux jours, ils lui ont dit de passer.
Elle s’est servie de sa foi non  seulement pour transporter des montagnes mais aussi pour sauter des barrières. Elle prenait vraiment l’évangile au sérieux : « Tout ce que vous demanderez au Seigneur, il vous le donnera ».

Elle reste pour nous un exemple d’amour de Jésus extraordinaire.

Ce qui nous a le plus frappé chez Mère Teresa, c’est son identification radicale  avec les derniers et tous ceux qu’on montre du doigt. Elle vivait tellement avec Jésus qu’elle reproduisait en elle ce que Jésus a vécu au jardin de Gethsemani quand les sueurs de sang coulaient de son front. Un jour nous étions avec elle dans une rue où une quinzaine de mamans  plus ou moins squelettiques étaient appuyés à un mur. Elles les portaient presque tous dans les bras. Un petit enfant déjà en voyage vers le ciel.  Elle a demandé à une maman si elle pouvait prendre pendant quelques minutes son petit enfant. La maman lui a donné avec un grand sourire. Alors, nous avons assisté à une scène bouleversante. Mère Teresa mit ce petit enfant sur son cœur et l’identifiant à la souffrance de Jésus, elle ne faisait plus qu’un avec le petit squelette. Après l’avoir embrassé, elle l’a regardé longuement comme si elle avait le Saint Sacrement puis dans le silence de sa souffrance, elle l’a de nouveau embrassé cet enfant, l’a redonné à sa maman et elle est restée à contempler cette réalité qui était devant elle : une très grande souffrance, Jésus à Gethsemani et recueillant dans son cœur les gouttes de sang qui coulaient du front de Jésus.

Mère Teresa était tellement unie à Jésus qu’un jour mettant son index en notre direction elle nous dit : « Mais laissez Jésus agir en vous. »

En quittant la chapelle après l’Eucharistie , on se demandait souvent en la regardant : « Pourquoi rayonne-t-elle la paix et la joie ? » Mais en même temps « Pourquoi porte-t-elle la souffrance et la Croix, la méchanceté et le mépris des passants indifférents à ces pauvres gisants sur le trottoir ? » Elle venait par  l’Eucharistie de ne faire qu’un avec son Bien Aimé Jésus Crucifié et battu pour porter dans son cœur toutes les Croix qu’elle allait rencontrer  dans sa journée.

 Pierre et Raymond Jaccard

www.freresjaccard.org