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Paroisse Sainte-Jeanne de Chantal Paroisse Sainte-Jeanne de Chantal

40 ans de sacerdoce du père Philippe Muller

13 octobre 1974-12 octobre 2014. Le père Philippe Muller, curé de la paroisse Sainte Jeanne de Chantal a célébré les 40 ans de son ordination au cours des messes du we du 11-12 octobre et tout particulièrement lors de la messe de 10h30 à Notre Dame de Liesse le dimanche. Il vous invite à vous unir à son action de grâce pour toutes ces années de ministère.

 

Si vous désirez participer à un cadeau pour le père, vous pouvez déposer vos dons au 12 rue Saint Maurice à la Maison Paroissiale. 

Édito du père Philippe Muller

DIMANCHE 12 OCTOBRE 2011
28ème DIMANCHE ORDINAIRE


UN PRÊTRE DOIT ÊTRE…

« Un prêtre doit être à la fois grand et petit,
noble d’esprit, comme de sang royal,
simple et naturel, comme de souche paysanne,
un héros dans la conquête de soi,
un homme qui s’est battu avec Dieu,
une source de sanctification,
un pécheur que Dieu a pardonné
de ses désirs de maître,
un serviteur pour les timides et les faibles
qui ne s’abaisse pas devant les puissants
mais se courbe devant les pauvres,
disciple de son Seigneur,
chef de son troupeau,
un mendiant aux mains largement ouvertes
un porteur de dons innombrables
un homme sur le champ de bataille,
Une mère pour réconforter les malades,
avec la sagesse de l’âge et la confiance d’un enfant
tendu vers le Haut, les pieds sur la terre,
fait pour la joie, connaissant la souffrance
loin de toute envie, clairvoyant,
parlant avec franchise,
un ami de la paix,
un ennemi de l’inertie,
constant à jamais,
si différent de moi ! »

Manuscrit du Moyen Âge trouvé à Salzbourg.

Homélie de la messe anniversaire des : 40 ans de sacerdoce du Père Philippe

Lectures : Isaïe 25, 6-9 – Philippiens 4, 12…20. Matthieu 22, 1-14.

Nous venons d’entendre l’invitation de Dieu au banquet des noces de son Fils. L’immense invitation, la folle invitation au-delà de toutes les règles, de toutes les conventions, de tous les refus.

Invitation à la dimension du monde, à la grandeur du rêve de Dieu, à la bonté de son cœur. Une seule limite… la liberté humaine, la liberté des invités. Il faut avoir le cœur à la fête. Nul n’est forcé à la fête. Nul n’est forcé au bonheur. Il faut avoir le « cœur habillé » pour la fête, avoir la « robe nuptiale ».

Quand viendra-t-il ce banquet du Jour de Dieu ? Tant de larmes coulent encore sur la face du monde, tant de cris de douleur y crucifient la paix, tant d’ennemis s’empoignent et s’entre-tuent.

Les ravins de la mort sont loin d’être comblés. Ils sont hélas, tout près de nous. Comment croire que notre avenir sera fait de chant et de louange : « Jubilez, criez de joie ! »

Et pourtant, tous les hommes sont invités, blancs et noirs, riches et pauvres, chrétiens et musulmans, Israéliens et Palestiniens, bien-portants et malades, les mauvais tout au- tant que les bons. C’est un festin universel.

Et le Seigneur est là, qui nous attend et veille. Il nous donne la force de supporter le poids qui pèse sur le monde. Il nous encourage et il nous devance, comme il l’a promis.

Chaque dimanche nous dit que Dieu est à l’œuvre et que son Jour advient. Puissions-nous accepter l’invitation de Dieu et pour cela nous mettre le cœur à la fête !

Un jour, dans ma vie, j’ai entendu cette invitation, cet appel du Seigneur à le suivre. C’est l’aumônier de ma troupe scoute qui, un jour m’a demandé : « Tu fais beaucoup de choses pour les autres, as-tu déjà pensé à donner ta vie au Christ ? » Je dois beaucoup à ce prêtre, le Père André Périnet-Marquet, originaire de Megève, membre de l’Institut des Fils de la Charité.

Dieu a écrit droit avec des lignes courbes dans ma vie, mais j’ai la certitude d’être là où le Seigneur m’attendait après une vie en usine comme fraiseur sur métaux, la formation au séminaire, mes années de vie monastique, et même mes nombreux ennuis de santé. Le Seigneur a mené ma barque dans bien de méandres qui m’ont amené jusqu’à ce lac d’Annecy.

La vie de prêtre est parfois rude, c’est vrai, mais qu’elle est belle ! Plus belle que ce que j’avais rêvé. J’ai choisi un Amour qui me rend heureux, même si ce n’est pas toujours facile. Sur le chemin que j’ai pris, Dieu est avec moi.

Certains me disent parfois : « On voit que vous êtes heureux.» Comment savoir si ce que je vis s’appelle bonheur ? Il n’a rien de tonitruant. Il n’est ni grandiloquent, ni sûr de lui-même. Mais je l’aime, mon bonheur fragile.

La source de mon bonheur est en Dieu et je suis prêtre par amour du Christ. Ami du Christ et serviteur de mes frères. Comme disait le Curé d’Ars, « Le prêtre n’est pas prêtre pour lui mais pour vous ».

Et pour traduire ce qu’est le prêtre, en livrant sa propre expérience, il ajoutait : « Le prêtre, c’est le cœur…C’est l’amour de Jésus Christ. » Si je suis prêtre, c’est bien pour partager cette merveilleuse amitié que je vis avec le Christ.

C’est pour vous et pour tous qu’avec les frères prêtres qui sont ici nous sommes prêtres. Et c’est par amour que les Sœurs sont ici.
Le monde nous habite et avec lui nous ne cessons de nous tourner vers le Seigneur, pour reconnaître sa voix et recevoir sa vie.

Oui, être prêtre, c’est pour moi vivre de plus en plus de la joie du Christ. C’est un mystère qui m’habite : Dieu est joie et nous sommes créés pour vivre dans la joie, même si cela passe par les épreuves

Prêtre, je fais l’expérience d’être associé aux plus grandes joies comme aux plus grandes souffrances de celles et ceux que je rencontre. Je participe à l’initiation à la foi et aux sacrements des enfants et des jeunes.

Je prépare et je célèbre des mariages, je suis le confident des épreuves de celles et ceux que je rencontre. J’accompagne les découragés, les malades, les personnes en fin de vie.

En toute circonstance, je suis l’interprète de la Parole de Dieu. Et j’ai le bonheur de mieux la comprendre en la partageant aux autres. Sa Parole me fait vivre. Elle me fascine, elle m’a toujours fascinée.

Si j’aime Dieu, c’est aussi et pour une bonne part parce qu’Il me parle. La Parole est profondément liée à ma vie de prêtre. Celle de Dieu comme celle des hommes et des femmes que je rencontre.

Prêtre, je suis l’homme aussi de la communion J’essaie d’être un rassembleur. J’appelle. Je convoque. Je transmets. Je traduis. Je lie et je délie. Bref, je parle. Et toujours pour donner la Parole à Dieu, comme aux autres.

Cette Parole de Dieu, dans ma vie de prêtre, dans la vôtre, est essentiellement levain dans la pâte. Après 40 ans de sacerdoce, j’ai l’espérance de voir ce « très peu de choses » lever dans la vie des chrétiens qui m’entourent.

Encore faut-il avoir le courage de la pétrir cette Parole, et de ne pas avoir peur parfois d’être dans le pétrin.
Que de fois, en lisant une page de l’Écriture j’ai l’impression de m’approcher du puits de Jacob en Samarie, alors qu’un voyageur fatigué m’attend.

La Parole alors coule claire, limpide, cristalline, comme une eau vive. Car sa Parole, Dieu la donne. C’est toujours une parole de fidélité, une promesse, un engagement.

Cette Parole de Dieu ne se limite pas à la Bible. J’apprends beaucoup aussi à écouter les autres. Ils parlent abondamment et parfois en tous sens.

Je partage le rire en cascade des gens heureux, le gémissement des malades, la sagesse des pacifiés, le dur silence des pauvres et des oubliés, le bonheur des amoureux : tous me partagent leur vie.

Dans la communication des autres, j’entends Dieu, les jours où je suis moins sourd. « J’ai vu la misère de mon peuple ». Oui, je connais ses souffrances. La réaction de Dieu est bouleversante. La compassion humaine m’émeut, mais davantage celle de Dieu.

Et puis, vous avez sans doute compris que la Liturgie prend aussi une grande place dans ma vie. Mes gestes comme mes paroles trouvent leur point d’ancrage dans la célébration.

Je me souviens toujours de ce que m’a dit mon aumônier scout le jour de ma première Messe : « Il faudra que tu célèbres l’Eucharistie comme si c’était la première fois ». S’il s’avait que c’est encore mieux que la première fois ! Célébrer la mort et la Résurrection du Christ ! La Pâque du Christ crée de grands espaces de liberté.

La célébration nous y introduit. Elle nous fait chanter l’indicible. Elle nous fait atteindre l’inaccessible de chaque événement de nos vies. Nos histoires humaines ressuscitent en alliance avec l’histoire de la Parole faite chair et chair ressuscitée.

Parole humaine qui cherche, qui attend, qui a faim, qui s’offre, qui avoue, qui souffre, qui aime. En écho, Parole divine qui appelle, qui éclaire, qui donne, qui pardonne, qui compatit, qui communie.

Le Christ que je prêche, c’est également celui qui porte la condition humaine dans ses bonheurs comme dans ses épreuves. Prêcher, c’est aussi annoncer le pauvre, le laissé-pour-compte, le marginal, « l’un de ses petits qui sont mes frères » comme Jésus a dit.

J’aurai encore beaucoup à partager. Notamment sur la coresponsabilité qui est vécue aujourd’hui dans l’Église entre laïcs et prêtres. Quelle joie de pouvoir travailler avec des laïcs compétents, responsables et dynamiques. Cela m’a fait bouger dans mon ministère de prêtre.

J’espère que vous avez pu deviner qu’être prêtre aujourd’hui ou hier ou demain demeurera toujours une histoire d’amour avec Dieu et le peuple vers lequel le prêtre est envoyé.

Cette histoire comporte bien sûr, ses joies et ses souffrances, ses succès et ses échecs, ses grandeurs et ses misères, ses sécurités et ses crises, ses louanges et ses critiques. Mais c’est toujours une histoire d’amour.

Et même après toutes ces années de sacerdoce, je suis sûr que je deviens prêtre tous les jours. Et puis, n’oublions pas que chacun, chacune, nous avons une vocation.

Comme baptisé nous avons la vocation de révéler quelque chose du visage de Dieu, Berger de notre humanité. Laissez le Christ vous saisir la main. Entendez son appel. C’est une parole de feu qui brûle, qui exige une réponse, un engagement du cœur. Jésus n’oblige personne à l’aimer. Mais des bonheurs forts sont offerts à ceux qui prennent le risque de son amour.

Je ne peux terminer sans quelques mots de poésie. C’est elle qui donne de la beauté à nos vies. En ce jour, je fais miens ces mots de Patrice de la Tour du Pin :

« Tu m’as alloué trop de bonheur, mon Dieu !
comment en répondrai-je devant toi ?

Ma part de souffrance est futile,
et je n’ai pas le cœur de te prier de l’alourdir.

Tu m’as alloué une vocation de parole,
mais elle ne peut aller jusque-là.

Je regarde ton Christ et je m’affole,
mes privilèges sont trop lourds à porter.

Ce n’est pas d’être heureux qui me mine,
mais l’angoisse du scandale à parler du Seigneur

Mais moi, je n’y peux rien que je croie à ta grâce
et qu’une joie obscure tressaille sous mon bonheur. »

Patrice de la Tour du Pin
Psaume 25

Merci du fond du cœur à vous toutes et vous tous de m’aider à être le prêtre que je suis au milieu de vous.