EDITO
Donne-moi à boire.
Comment Dieu, en prenant le visage de notre humanité, peut-il se montrer « fatigué par la route » ? N’est-ce pas une prérogative divine que d’être insensible à ces faiblesses et limites humaines ? Comment imaginer encore que le Dieu des espaces infinis qui, par sa parole créatrice, a fait jaillir les sources et établi des profondeurs marines, oui comment imaginer qu’il ait besoin d’une femme pour lui donner à boire ? Et pourquoi perd-il finalement son temps avec cette villageoise qui ne semble pas comprendre grand-chose quand on lui parle d’eau vive et prend même un peu le Messie pour un plombier qui lui installera l’eau courante ?
La rencontre entre Jésus et la Samaritaine présente pourtant irrémédiablement quelque chose sublime. Rencontre improbable et engagée sur fond de moqueries et de préjugés, elle révèle magnifiquement la personne du Christ et suscite une magnifique vocation missionnaire. Cette femme, venue puiser en une heure incongrue, avouera certes, avec cinq mariages ratés, les brisures de son existence en forme de puzzle. Peu importe... Elle croise la
tendresse d’un Dieu qui vient regarder le meilleur en chacun. Il est des rencontres qui illuminent.
Michel Tournade, osfs