L'aveugle-né , dans Jean 9(1-41)
L ‘évangile du 4ème dimanche de carême est une catéchèse baptismale.
Il nous dit que la vie chrétienne commence avec une rencontre et qu’elle est un itinéraire. Regardons comment il peut nous permettre d’avancer un peu plus vers Pâques, ce que nous pouvons en recueillir comme appel du Seigneur pour être davantage en marche avec Lui.
La scène montre trois personnages, ou trois camps.
- D’une part, un homme qui n’a jamais vu, qui n’imagine même pas peut-être ce qu’est la lumière. - D’autre part, les pharisiens, les juifs, ceux qui ont le pouvoir spirituel et temporel. Ceux qui ont la connaissance, qui savent. - Et entre les deux, Jésus et ses disciples.
C’est dans un contexte de violente opposition que commence ce passage. Au chapitre précédent, Jésus a révélé sa divinité et disant « Je suis la lumière du monde », puis « Je suis ». Les juifs veulent alors le faire mourir parce que seul Yahvé peut dire « JE SUIS » et qu’ils ne sont pas prêts à reconnaître Jésus comme le Messie. Avec le récit de la guérison de l’aveugle-né, nous entrons dans un autre niveau de tension, Ce n’est plus seulement Jésus qui focalise l’opposition et la violence, mais celui qui se met à sa suite.
C’est Jésus qui voit l’aveugle, et qui décide de l’amener à la guérison. L’aveugle n’a rien demandé. Cependant, il se laisse faire. C’est une première réponse…
Jésus fait de la boue avec sa salive et un peu de terre. Un geste qui était certainement celui de bien des guérisseurs. Un geste qui induit une étape supplémentaire avant la guérison, une médiation qui revient à l’homme aveugle : il doit aller à la piscine de Siloé pour s’y laver. Et c’est seulement là que la vue lui sera donnée.
Un geste aussi qui rappelle des éléments de la création quand Dieu modela un peu de glaise pour façonner l’homme. On peut y retrouver une constante de l’œuvre de Dieu quand il veut que l’homme vive : il a besoin de sa réponse, de son consentement et de sa participation active.
Ensuite l’homme, qui n’est plus aveugle, est confronté aux questions des juifs, des questions qui veulent le piéger, lui et Jésus, qui a enfreint la loi en le guérissant un jour de sabbat. On peut admirer la droiture de cet homme, il ne se dérobe pas aux questions, il ne se démonte pas non plus. Il dit ce qu’il sait, ce qu’il a expérimenté. Il témoigne de ce qui s’est passé pour lui quand Jésus l’a rencontré.
Il n’est pas encore dans la foi, il s’en approche en relisant et en s’appropriant ce qui s’est passé. Il ne renonce pas à mettre des mots dessus, au risque d’être rejeté comme Jésus… Mais intérieurement, on peut penser qu’il sait que le salut est là pour lui, au-delà des contradictions dans lesquelles les autres sont embourbés. Et il tient bon.
Ce qui devait arriver arrive : il est exclu de la synagogue, comme en écho à l’exclusion de Jésus. Et c’est dans le lieu où il est rejeté que Jésus le rejoint. La question de Jésus : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » le laisse libre de répondre, et sa réponse est encore une ultime question « Et qui est-il pour que je croie en lui ?»
Il y a là encore une progression dans le chemin vers la décision de croire, une étape supplémentaire… l’homme qui n’est plus aveugle, parvient à ce moment-là à une plus claire vision, à la lumière, et peut dire « Je crois ».
Pour nous aussi la route de la foi est pavée d’étapes, de contradictions, et de moments de vérité. Comme l’aveugle, nous pouvons : nous laisser faire et chercher la vérité dans ce qui nous arrive en le relisant.
Alors oserons-nous témoigner de ce que Dieu a fait pour nous ?
Pourrons-nous nous tenir devant Jésus et lui dire « Je crois, Seigneur »?