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Concile Vatican II : témoignages

Dans le numéro d'été de la Page de Saint André, journal des vocations du diocèse d'Annecy, le père Paul Delerce, se remémore cette époque... A lire ci-dessous

ON NE LÂCHERA RIEN !

C'est à vous, vieux compagnons, vieux frères dans le ministère et la mission, oui, c'est à vous que je confie ce témoignage que la Page de Saint André m'a demandé sur mon approche personnelle du Concile Vatican II et j'ose l'écrire en votre nom ! N'étais-je pas des vôtres au temps de grâce où nous avons ensemble jubilé à la bonne, l'heureuse nouvelle lancée par le Bienheureux Jean XXIII ?
Rappelez-vous... Un instant, nous avons été consternés par son élection : ainsi donc, nos pontifes confiaient la barque de Pierre à un homme qu'on jugeait bien peu novateur, vu son âge et la réputation qu'on lui avait faussement infligée. On disait pour se consoler: ce sera un pape de transition, attendons le suivant ! Soudain, il relevait le défi ! Vous avez dit transition ? D'accord, je vais vous servir une transition, moi, une transition vers un renouveau ! Il me faut un Concile ! Un mot éclata qui allait provoquer l'émerveillement des uns et l'inquiétude des autres : aggiornamento…mise à jour. Nous avons applaudi tandis que certains, et non des moindres, pensaient avec frayeur : "il a perdu le sens" Mais on disait déjà cela de Jésus Christ ! 


Espoir éperdu pour nous autres, les petits, les sans grade ! Nous étions un peu comme des collégiens rêvant de pouvoir enfin nous libérer du carcan de l'internat avec sa discipline étroite, ses rites compassés, ses règles immuables, ses dogmes qui ne souffraient aucune évolution, aucun débat. Et surtout il y avait cette promesse de compagnonnage, fraternité avec le monde, les hommes, les femmes de notre temps ! On découvrait que l'Église était dans le monde, quelle en faisait intimement partie !


L'aventure était lancée ! Elle allait durer trois ans.

Le bon pape Jean, le grand pape du XXème siècle, n'aurait pas la joie d'en célébrer la finale et ce sera son successeur, Paul VI, tout aussi grand, qui eut la lourde charge de la conduire parmi les tensions, les manœuvres, les doutes, les freins mais aussi et surtout les courageuses prises de position des artisans du renouveau. Don Helder Camara en a laissé des rapports inoubliables dans la correspondance qu'il a entretenue avec ses diocésains. Paul VI œuvra avec sagesse et résolution. Parfois on le trouvait anxieux, mais comment ne pas l'être devant des décisions qui allaient si notablement changer le cours de l'histoire ecclésiale, appeler à de tels changements de vision, de comportements ! Mais il ne défaillait pas, porté par une houle intérieure. Lui-même nous l'a confié dans son testament spirituel : « On me croit anxieux, écrivait-il, au fond de moi, je ruisselle de joie. »
Au long des années, les textes s'égrenaient que nous saluions avec joie. Leurs thèmes aux titres prophétiques nous enchantaient : :Lumière des nations...Retrouver l'unité...Parfaite Charité...Activité apostolique...Dignité humaine...et surtout cette magnifique déclaration de "Gaudium et spes":"Les joies, les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. […] la communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire ! "


Cinquante ans ont donc passé. Que reste-t-il de cet immense chantier ? Devant tant de belles avancées au sein du clergé, du laïcat, avec l'œcuménisme, le dialogue religieux, la liberté des convictions, tous les espoirs restent permis ! Certes, on peut parfois s'inquiéter devant le retour d'un traditionalisme, d'un intégrisme dont les tentacules semblent s'étendre insidieusement sur le paysage de l'Église. Mais rien ne pourra nous barrer la route à nous, les "anciens combattants", mais aussi tous ceux, nombreux, qui travaillent avec ardeur à mettre en œuvre ce Concile décisif. Comme le chantent les membres du groupe musical" les Saltimbanques : " On n'lâchera rien ! On n'lâchera rien ! On n'lâchera rien ! "


Oui, n'en doutez pas, on gardera tout, on multipliera tout ! On fera tout fleurir de ce que nos pères du Concile ont planté sur les sentiers de notre Église !


Paul DELERCE