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Un cœur qui écoute...

Tel était le thème du pèlerinage diocésain de rentrée à la Bénite-Fontaine ce dimanche... et tous les cœurs des présents étaient à l'écoute tout au long de cette belle et priante messe pour recevoir toutes les grâces du ciel, y compris, celle du magnifique soleil revenu...



"Dame de lumière, porte nos prières, en tout temps et en tout lieu, auprès de Dieu."

C'est par ce chant que la foule des pèlerins, venus de tout le département, a accueilli la procession des prêtres et des diacres du diocèse. Comme chaque année, les paroisses étaient presque toutes représentées. Que soient remerciés les organisateurs, le sanctuaire et les nombreux hospitaliers  et bénévoles pour cette parfaite organisation, l'accueil, et bien sûr les musiciens et chanteurs qui ont animés cette très priante célébration.

Mgr Yves Boivineau a développé son homélie autour du thème d'année puis présenté les orientations diocésaines pour les mois à venir. Orientations qui ne sont pas "nouvelles" mais plutôt un approfondissement de ce qui est vécu depuis plusieurs années sur notre diocèse. Voir ci-dessous le document à télécharger.

 

« Donne à ton serviteur un cœur qui écoute… » 
c’est la prière du jeune Salomon, devenu roi d’Israël
 (1 R 3, 9).

« Un cœur qui écoute ». En français, nous disons cœur pour évoquer le siège de l’amour, de l’amitié, de l’affection, un peu par opposition au domaine rationnel, intellectuel. Or dans le langage de la Bible, le cœur désigne le siège de l’amour aussi bien que de l’intelligence, de la tendresse aussi bien que du discernement, et donc aussi le lieu de la volonté, de la décision.

Ecouter ne va pas de soi. Ecouter, cela s’apprend, et cela passe par le silence à retrouver… Il y a tant de bruits :

Au dehors, à l’extérieur, en surface, c’est le rythme de vie, l’activisme, la précipitation ou le zapping. C’est la dispersion : on est toujours « ailleurs ». Il est nécessaire, vital, de devenir attentif au moment présent, et pour cela savoir s’arrêter, pour respirer, goûter, sentir les choses intérieurement. Cette capacité d’investir, d’habiter, tout entier le moment présent est le grand secret de la vie spirituelle et, par-là même, de l’entrée dans la prière.

 

 Donne à ton serviteur un cœur qui écoute…
1 R 3, 9 

Si l’activisme disperse, au-dedans, ce sont les soucis qui divisent le cœur : des soucis bien légitimes, mais aussi nos déceptions, nos inimitiés, nos peurs, nos angoisses, des tensions relationnelles qui portent au découragement, absorbent une énergie considérable, épuisent et conduisent à la faiblesse de la volonté. Ces divisions me font penser à la prière du psalmiste : « Unifie mon cœur pour qu’il te cherche ». Cette unification, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint, le « Maître intérieur », qui pacifie, rassemble, unifie, parce qu’il éveille en nous la mémoire des dons de Dieu, mémoire du moment où nous avons reçu la grâce de rencontrer Jésus, mémoire du chemin parcouru, mémoire de l’histoire du salut, notre histoire. Il nous inscrit dans cette longue histoire… « L’Esprit vient en aide à notre faiblesse, parce que nous ne savons pas prier comme il faut » (Rm 8, 26). « L’Esprit vous fera souvenir… », dit Jésus.

         Pas d’écoute possible sans le silence, tant dans notre relation à Dieu –dans notre prière- que dans notre relation aux autres. Une écoute patiente, attentive, désintéressée : écouter c’est sortir de soi-même, se quitter soi-même, « renoncer à soi-même », et c’est se rendre vulnérable. Quelqu’un vous partage une situation difficile, une épreuve qu’il traverse… votre premier souci est souvent de chercher la bonne réponse… et vous ne l’écoutez pas. Alors qu’il faut entendre ce qui est dit et aussi le non-dit. La parole à dire -s’il y en a une à dire !- ne peut naître que de notre silence intérieur.

         Dietrich Bonhoeffer, un pasteur, victime du nazisme, écrivait à ce sujet : « Beaucoup de gens cherchent une oreille qui veuille les entendre, et ils ne la trouvent pas chez les chrétiens, parce que les chrétiens se mettent à parler là où ils devraient savoir écouter. Mais celui qui ne peut plus écouter son frère finit par ne plus pouvoir écouter Dieu lui-même et vouloir sans cesse lui parler. Il introduit ainsi un germe de mort dans sa vie spirituelle, et tout ce qu’il dit finit par n’être plus que du bavardage religieux…. Celui qui estime son temps trop précieux pour pouvoir le perdre à écouter les autres n’aura en fait jamais de temps pour Dieu ». Ce que Benoît XVI exprimait  autrement en disant : « fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu » (D.C. 16). « Chaque fois que nous rencontrons un être humain dans l’amour, nous nous mettons en condition pour découvrir quelque chose de nouveau de Dieu…. Cette ouverture du cœur est source de bonheur » (E.G. 272).

         Prier, c’est se mettre à l’écoute… faire silence pour laisser Dieu nous parler au cœur. Nous avons besoin de ces temps d’intimité avec le Seigneur. C’est cette écoute qui fait de nous des disciples. Le disciple est celui qui, assis aux pieds du Seigneur, écoute la parole. C’est exigeant, mais là est la source de notre joie.

         Laisser la parole descendre dans notre cœur, là où Dieu fait sa demeure. Le prophète Jérémie dont  la mission a été éprouvante : « La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie », dit-il, et il s’adresse au Seigneur : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, tu as réussi. … (Ta parole) était comme un feu brûlant dans mon cœur ».

         Saint Paul dit : « La foi naît de l’écoute, la foi naît de ce que l’on entend ; et ce que l’on entend, c’est la Parole du Christ… » (Rm 10, 17). Le premier lieu où nous recevons la Parole, c’est évidemment la liturgie dominicale. Nous ne pouvons réellement écouter la Parole que dans le ‘nous’ de l’Eglise, dans le ‘nous’ de la communion des saints ». L’écoute de la Parole a toujours une dimension communautaire. Mais nous devons devenir des familiers de la Parole, nous laisser travailler intérieurement pour voir avec les yeux de Dieu, entendre avec les oreilles de Dieu, aimer avec le cœur de Dieu, discerner avec le jugement de Dieu (cf François).

         En ce jour de pèlerinage nous regardons Marie, modèle du cœur qui écoute. Souvenez-vous de ce passage de l’évangile quand une femme, séduite sans doute par la parole de Jésus, s’écrie : « Heureuse la mère qui t’a porté et le sein qui t’a nourri ! » et Jésus de répondre : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ». Et saint Augustin de commenter, par cette formule surprenante mais si éclairante : « Il est plus important pour Marie d’avoir été disciple du Christ que d’avoir été sa mère. Marie était bienheureuse, parce que, avant même d’enfanter le maître, elle l’a porté dans son sein ». C’est parce que Marie est disciple du Christ qu’elle peut être sa mère. Elle a conçu par la foi, la foi qui naît de l’écoute. Les Pères de l’Eglise disaient que Marie avait conçu le Christ par l’oreille. 

Donne-nous, Seigneur, la grâce du silence et de la paix intérieure et façonne en nous « un cœur qui écoute ». Donne-nous d’écouter de tout notre cœur les joies, les peines, les souffrances de nos frères et sœurs… Que ta parole féconde nos cœurs et fasse de nous des disciples, des disciples heureux de partager la joie de te connaître, des « disciples-missionnaires ». Être disciple, c’est avoir au cœur la disposition permanente de porter aux autres l’amour de Jésus.

Homélie de Mgr Yves Boivineau - 3 septembre 2017
 

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