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Exposé biblique sur la Fraternité

Le 1er décembre à Cornier, le Service de formation du diocèse (SEDIFOR), le Secours catholique, la Pastorale de la santé et Écoute et rencontre nous invitaient à réfléchir sur le "recevoir et le donner" au service des autres. Ci-dessous les conclusions de l'exposé biblique sur la fraternité, d'Elisabeth Courtois.

Regardons l'ordre des événements : Esaü ne voit tout d'abord que son frère : il court vers lui pour l'embrasser. Ce n'est qu'après coup qu'il remarque les enfants, richesse et faiblesse de Jacob. Esaü est là le modèle de la fraternité : en l'autre, il voit d'abord le frère avant de soupeser ses atouts et ses faiblesses. D'ailleurs lorsqu'il parle à Jacob, il le nomme "mon frère" tandis que Jacob utilise "mon seigneur". Comme le père de la parabole en Lc 15, 11-32 (le père prodigue), Esaü voit en l'autre le frère sans tenir compte de ce qu'il a pu faire, dire ou être auparavant (et sans tenir compte de l'offense qui lui a été faite par Jacob). A l'inverse de Caïn qui se laissait dominer par la jalousie pour un bien dont il se sentait spolié, Esaü (qui pourtant a tout de l'animalité avec son corps velu) est celui qui domine son animalité, sa force (ses 400 hommes !) pour être pleinement frère.

Jacob est celui qui est transformé dans ce récit : comme dans le combat avec l'ange, il va ressortir boiteux de ce combat avec son frère : il est obligé d'abandonner son désir de tout maîtriser qui l'a jusqu'alors caractérisé. Il accepte de se recevoir de Dieu, de recevoir ce don qu'il ne fait que transmettre à son frère.

La fraternité va donc plus loin que la justice envers le frère, même si elles sont très liées. Elle est un don de Dieu qui transforme l'homme dans ses relations. Elle met le don et la gratuité au cœur des relations humaines, et permet ainsi la profusion de la bénédiction divine.

Même si aucune arme de guerre n'est utilisée, cette rencontre est un combat dont l’enjeu est la permission pour Jacob de vivre sur la terre donnée à ses ancêtres, en étant réconcilié avec son frère, sans être dépendant de lui. N'est-ce pas l'archétype de toute relation fraternelle? Un incessant combat pour la juste distance, sans que l'un domine l'autre ?

Oser la fraternité c'est oser ce combat (parallèle entre combat avec l'ange et combat avec le frère) dans lequel il n'y a ni gagnant ni perdant, où égalité, liberté et fraternité sont nécessaires, duquel on ressort toujours changé, blessé, boiteux, marqué dans sa chair. Oser la fraternité nous dit ce texte, c'est accepter de bouger, de se laisser surprendre, déranger dans ses plans par l'autre, parce qu'il restera toujours ce mystère impossible à déchiffrer totalement. Oser la fraternité, c'est, pour Jacob, oser laisser la place à Dieu dans ses plans, reconnaître que tout vient de lui afin de pouvoir donner. C'est aussi repartir avec ses faiblesses, au pas des enfants, au pas boiteux de l'homme qui a accepté de ne pas tout maîtriser, ni son Dieu ni son frère. Et pouvoir alors enfin se bâtir une maison.

Télécharger ici la totalité de l'exposé