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Week-end catéchumènes

Les catéchumènes se sont retrouvés les 5 et 6 novembre dernier à l'abbaye de Chambarand pour un week-end de retraite : l'occasion de vivre de beaux moments de prière, d'échanges et de recueillement au rythme des religieuses cisterciennes qui accueillent dans un cadre naturel ressourçant.

« Que le Seigneur vous affermisse en tout ce que
 vous pouvez faire et dire de bien » 
(2 Th 2, 16 – 3, 5)

 

 

 

 

D'ici là, voici un beau reportage réalisé par France 2, rediffusé le 05 octobre dernier. Alexandra Alévêqe, reporter, a vécu 21 jours en compagnie et au rythme de ces soeurs. 

Regarder le reportage en replay.

Témoignage de Laura

Du Liban à Chambarand
DE L’EFFERVESCENCE AU SILENCE


Nous sommes un vendredi de Novembre 2016. C’est au retour d’une mission humanitaire au Liban que je me rends directement en retraite catéchuménale à Chambarand, au pied du Vercors.
Directement ou presque. Je passe quelques heures par mon bureau à Genève pour gérer une urgence à la demande de mes collègues maliens. Je prévois d’y reprendre ma voiture laissée sur place une dizaine de jours plus tôt.
En chemin vers le bureau se produit un évènement digne d’un sketch à la fois comique et dramatique. Je suis agressée par un chauffeur de taxi Genevois qui trouve la course depuis l’aéroport trop courte pour être rentable. En rage, il m’explique que par ma faute, il ne pourra pas se permettre d’offrir des chaussures à ses enfants et qu’il allait être confronté à la misère absolue. Assise sur le siège en cuir du dernier rang de son taxi sept places, je trouve la situation insolite. Il me menace par ses mots et ses gestes, me prévenant que lors d’une altercation similaire il en est venu aux mains. « La police s’en est mêlé ! » me prévient-il. Je décide de l’interpeller avec un mélange d’arrogance et d’appréhension sur le fait que je viens de côtoyer la vraie détresse, ayant visité la veille un camp de réfugiés syriens situé au coeur du Liban. En moins d’une seconde, cet homme qui n’avait cessé de se montrer agressif jusqu’alors, passe des cris aux pleurs. Il se confond en excuses, me confiant qu’il est syrien et que son frère a perdu la vie dans cette guerre absurde. La guerre en couleur. Nous
sommes bien loin des images en noir et blanc des grandes guerres mondiales ou des images sableuses des guerres du Moyen-Orient des années 80. Cette guerre a lieu dans un monde semblable au nôtre, elle touche des femmes, des
hommes, des enfants qui nous ressemblent. Nous parlons alors de la situation en Syrie et nous nous quittons en larmes et ironiquement en paix.
C’est donc avec un esprit en pleine effervescence que je me mets en route en direction de Chambarand pour une retraite de deux jours dans le cadre de la préparation à ma confirmation. « La guerre en couleur. »
J’arrive à Chambarand une journée en avance préférant ne pas perturber le rythme de vie de mes jeunes enfants avec un retour à la maison qu’ils trouveraient bien trop court. Lieu de culte depuis 1831, Chambarand est occupé par les moniales depuis 1931. C’est un espace de paix qui m’attend. Des anciennes bâtisses entourées de délicats jardins. Et à proximité un étang. Je ressens immédiatement la sérénité des lieux.
La première soeur que je rencontre ne me laisse pas le temps de me présenter. Elle sait qui je suis. Elle m’appelle par mon prénom et me dit d’une voix douce : « On vous attendait ». Les larmes me montent déjà aux yeux. La deuxième soeur que je rencontre a la mauvaise idée de me demander comment je vais. Les vannes sont ouvertes. Je déverse sur elle un flot de larmes et d’histoires de vie. Le tout agrémenté de doutes et de peurs. L’espace d’un instant, je me demande si elle ne va pas se noyer en m’écoutant mais elle reste hors de l’eau et m’invite à m’asseoir. Nous passons un long moment à échanger sur les souffrances de la vie, les difficultés relationnelles, la place de Dieu. Un moment qui restera gravé en moi. Des paroles qui m’ont nourrie de confiance et rassurée.
Après une installation rapide dans ma chambre, je me rends dans la petite boutique d’articles religieux. J’y pose la question que j’ai pris l’habitude de poser à chacune de mes arrivées dans un hôtel : « quel est le code wifi ? ». La question est la même. La réponse est différente. Je ne suis pas à l’hôtel et je devrais me passer d’internet. Pire encore. Je devrais gravir la colline adjacente à l’abbaye pour pouvoir obtenir une faible réception téléphonique.
Ce n’est qu’à la nuit tombante, après un rapide repas pendant lequel je n’ai pu quitter des yeux une image de la Vierge à l’enfant, que je me décide à affronter les éléments pour joindre ma famille. Il fait froid, il pleut, le vent frappe violement mon visage, je m’essouffle rapidement. Je réalise alors que cela fait des années que je n’ai pas marché sous la pluie, et encore moins la nuit. J’ai pris l’habitude de conduire confortablement ma voiture depuis mon garage jusqu’au parking souterrain de mon bureau, si bien que je prends de moins en moins l’air, réservant les ballades aux journées ensoleillées. Je prends conscience du fait que je me suis déconnectée de mon environnement. Je respire à plein poumons cet air froid et humide, je me remplis de cette nature fraiche et vivifiante. Je me sens réanimée.
« On vous attendait. »
Samedi matin. Le reste du groupe ne me rejoignant que plus tard, j’assiste seule à l’office. Je suis immédiatement transportée par les chants des soeurs. Leurs voix sont d’une douceur et d’une profondeur telles que je me demande un instant si elles ne sont pas accompagnées par une bande
audio. Je comprends vite que ce n’est pas le cas et je me laisse envelopper par l’atmosphère apaisante que produisent les chants. La retraite commence.
Je passe deux jours très riches en apprentissages et en émotions. Je me nourris de la Parole, des échanges avec les autres catéchumènes et des chants qui résonnent dans l’abbaye. Je ne suis pas seule à avoir été abimée par la vie. Ce sont pour beaucoup d’entre nous les épreuves qui nous ont rapproché de Dieu. Ou plutôt, c’est dans nos failles que Dieu est venu nous trouver. Les conversations sont belles, entrecoupées de prières et de temps personnels que je passe seule
dans l’oratoire.
Au terme de ce temps de retraite, je me sens rassurée, réconciliée avec moi-même et avec la création. Et plus proche de Dieu que jamais. Au moment de reprendre la route, je repense à une citation de Saint François de Sales que j’ai
lue sur le mur d’un couloir dans un séminaire en Inde : « Soyez vous-même et soyez le pour le mieux ».

LAURA FONTAINE
CATECHUMENE, PAROISSE SAINT FRANÇOIS DE SALES, NOVEMBRE 2016