Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pastorale des Migrants diocèse d'Annecy Pastorale des Migrants diocèse d'Annecy

Ça s’est passé à Onnion !

... et c'est très choquant ! Jeudi 2 juin, 5 h 30 du matin. Une trentaine de policiers, un certain nombre casqués et masqués, armés et protégés de leur bouclier, entourent discrètement la maison. À 6 h 00 ils tambourinent à la porte. En pyjama, les propriétaires, M et Me G., ouvrent ; des policiers entrent en les bousculant. Ils sont où ?… crie l’un d’eux. Ils sont en haut !… Des agents prennent les escaliers éclairés de leur torche et les armes pointées.

 

... Me G. s’interpose: il y a des enfants, laissez-moi passer, je vais vous conduire. Elle avertit alors la famille kosovare hébergée à l’étage : la police est là !... Les 3 enfants de 6 à 11 ans sont terrifiés, l’un crie “comme un animal blessé”. Vous avez besoin de venir si nombreux pour arrêter un couple et 3 enfants ? - On ne sait pas à qui on a affaire… des gendarmes se sont fait descendre !… Il y a plusieurs femmes parmi les policiers, l’une d’elle parle aux enfants et ceux-ci se calment. Avez-vous un ordre de perquisition ? demande Mr G. Pas de réponse. La façon de faire reste très choquante, rebutante. Rapidement la famille doit s’habiller,  récupérer quelques affaires mises dans des cartons apportés par les agents de l’ordre.

   Il n’y a pas eu de fouille de la maison. Était présent le Directeur départemental de la gendarmerie, il a essayé de s’expliquer en faisant défiler sur sa tablette des messages SMS récupérés, comme pour justifier cette brutale intrusion. M. et Me G. ont dû présenter leur carte d’identité. À la demande des gendarmes ils sont allés faire leur déposition à Bonneville.

   La famille a été emmenée au Centre de Rétention Administratif à Saint-Exupéry (CRA). Avec l’aide de la Ligue des Droits de l’Homme, les démarches nécessaires ont été faites pour que ces gens soient pris en charge par "Forum Réfugiés". Présentés devant le Juge des libertés vendredi 3 juin à 14h00, celui-ci a annulé la décision de placement en centre de rétention et  demandé que la famille soit remise en liberté. Mais au lieu d’être ramenée au CRA pour récupérer quelques affaires et rentrer en Haute Savoie, la famille a brutalement été conduite à l’aéroport et mise dans un avion pour le Kosovo. Samedi matin, depuis Pristina, l’une des enfants a téléphoné à la famille d’accueil : Ils nous ont bousculés, on a été trompés,  arnaqués… ! Dira-t-elle.

   Cette famille avait été logée un temps par M. Fernand BOSSON lorsqu’elle avait dû quitter le CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile). À la fin mars elle avait déjà fait l’objet d’expulsion par la police. On se souvient que Mr Bosson avait été cité devant le Tribunal de Bonneville le 7 avril dernier, l’accusation reposant sur l'article L622-1 du Code de l'entrée des étrangers. On imaginera le choc et le traumatisme subi, en particulier par les enfants, -scolarisés, bien intégrés et parlant correctement le français-, par deux fois chassés d’un "logement solidaire" et renvoyés manu militari dans leur pays.

Samedi 4 juin, déclaration de Me Michèle Blanc, avocate : "J'ai été informée de l'arrestation de la famille Ahmeti et de la décision d'annulation de placement en rétention. Je pensais que ces derniers avaient pu regagner la Haute-Savoie. Or Forum Réfugiés m'a appris ce matin que la famille Ahmeti avait été maintenue sous escorte policière et reconduite au Kosovo .

J'estime que le temps pendant lequel la famille a été conduite à l'aéroport sous contrainte alors qu'elle aurait dû être remise en liberté constitue une séquestration arbitraire. Je suis scandalisée par le traitement réservé à cette famille. Je vais donc certainement déposer plainte."

Aux dernières nouvelles, la plainte a été déposée devant Mr Le Procureur de la République de la Cour de Lyon.

Note.
Les Demandeurs d’Asile (DA), déboutés de leurs demandes et qui reçoivent un Ordre de Quitter le Territoire Français (OQTF), ont la possibilité de faire un "recours" devant le Tribunal Administratif (TA) de Grenoble. Tant que le TA ne s’est pas prononcé, ce recours est suspensif de "l’éloignement". Si le TA confirme la décision "d’éloignement", il y a la possibilité de faire "appel" à la cour de Lyon ; mais dans ce cas "l’appel" n’est pas suspensif et la décision d’éloignement peut être exécutée avec arrestation et envoi au Centre de Rétention Administratif (CRA).