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Témoignages

Vous trouverez dans cette rubrique quelques témoignages, de visiteurs de malades, de personnes avec handicap, de malades visités, de professionnels de la santé.... Si vous désirez alimenter cette rubrique par vos propres témoignages, n'hésitez pas à nous les communiquer !

LE POINT DE VUE D’UN MÉDECIN
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SE LIBÉRER D’UNE NÉVROSE
Apprendre la confiance - cliquer ici pour télécharger le témoignage

Rencontre avec Thomas CLARION (professionnel de la santé)

 

Thomas a 28 ans, il est kiné à Martel de Janville à Bonneville, champion à la coupe du monde de biathlon 2008-2009, et dans l’équipe de Biathlon para olympique aux JO de Vancouver. Il vit avec un handicap, il est aveugle.

Bonjour Thomas, Comment vis-tu ton métier de Kiné?
J’aime le métier de Kiné. Nous sommes au contact d’une variété de personnes malades au moment où l’espoir d’un mieux est possible. Parfois, les personnes appréhendent mon toucher mais très vite par le dialogue cette proximité devient une chance. J’ai besoin de poser des questions à mes collègues par exemple sur la couleur d’un genoux mais ma formation spécifique suivie à Lyon me permet d’être à égalité avec mes collègues. J’ai été mal voyant jusqu’à l’âge de 20 ans puis aveugle en 6 mois cause d’une maladie de la rétine. Mais dans mon métier, il ya des choses que l’on va voir différemment. Il m’apporte également une autonomie car l’AH devient vite dépendant de toute une administration et d’une rémunération insuffisante.

Comment vis-tu le fait d’être aveugle?
Ce qui me manque le plus c’est l’autonomie dans les déplacements et accepter le regard des autres. Je vis mieux maintenant que je suis aveugle que lorsque j’étais malvoyants. Au moins la situation est claire , avant j’avais le cul entre deux chaises. Par exemple, je pouvais faire du vélo la journée et être complètement dépendant la nuit. La situation était ambigüe pour les autres. De plus j’ai eu la chance de vivre de belles rencontres dans le sport et dans ma vie quotidienne que je n’aurais pas vécues. Quand j’étais gamin, l’équipe féminine de biathlon à Albertville m’a fait rêver et voilà que j’étais à Vancouver en mars! J’ai perdu des choses dont j’ai du faire le deuil mais j’ai aussi gagné de nouvelles choses. Par exemple, j’ai maintenant des amis qui viennent faire du tandem avec moi. Depuis que je suis aveugle, je vis moins dans l’urgence. Une fois la réadaptation faîte, je suis plus calme et je me projette dans le long terme. Je ne veux pas être un exemple! J’ai simplement des choses à vivre.

Parles moi de ton sport de compétition. Comment est-ce possible de vivre ce sport sans la vue ?
C’est un sport d’équipe .J’ai été accompagné par Tommy Terraz. Désormais j’ai un guide originaire de La Roche. Pour être guide, il faut être sportif et avoir de l’empathie. C’est un peu inné. Quand je suis sur mes skis j’oublie mon handicap. L’adrénaline enlève la peur et tout l’esprit est concentré sur les bonnes attitudes, la bonne glisse. C’est un véritable travail d’équipe et lorsque nous gagnons nous nous retrouvons à deux sur le podium. Seul l’instant présent compte !

Y-a-t-il des choses qui te mettent en colère ?
Dans la quotidien, des personnes avec bonne volonté font des choses absurdes. Par exemple, une personne m’a fait traversé une trois voie à Lyon alors que je ne voulais pas traverser. Se mettre en colère à ce moment est difficile. Il me faut être pédagogue. Les gens font à notre place plutôt que nous demander ce que nous avons besoin. Les personnes s’imaginent que nos autres sens doivent être plus développés. J’ai jamais eu l’oreille musicale ça s’est pas amélioré !Une autre chose me met en rogne ce sont les personnes qui conduisent en étant malvoyants: c’est être bien irresponsable!

Que faut-il te souhaiter Thomas ?
L’hiver est là et il faut que j’arrive à m’entraîner tout en travaillant. Ce n’est pas simple! Le week-end je suis au club d’agy mais pour le sport de haut niveau il faudrait pouvoir se libérer la semaine. Heureusement que les mais et les parents sont là. Un ami ancien compétiteur m’a dit avoir été libéré le jour où il a arrêté la compétition. Je n‘en suis pas là : j’ai encore plein de choses à vivre.

Groupes de parole Unafam ou la parole en partage
 (maladies psychiques)

L'accompagnement d'un proche atteint de troubles psychiques est un voyage en terre inconnue, vers une destination aléatoire et pour une durée indéterminée.

Au fil de ce périple qui peut évoluer d'éclaircies en " tunnels-crises " et " haltes-hospitalisations", il arrive qu'un mot capte votre regard ou sonne à vos oreilles : Unafam.
Ce sigle peut vous faire prendre un chemin de traverse et vous vous dirigez vers ce lieu unique ignoré de tout guide touristique (dans votre ville ou bien la plus importante de votre département) ou bien vous le conservez, sans le savoir, dans un coin de tête.

Quelques rechutes plus loin, l'espoir d'amélioration et de guérison éloignés, votre sac se fait de plus en plus lourd. Votre quotidien, aussi instable qu'une feuille dans le vent d'automne, oscille du meilleur au pire, d'une heure à l'autre, sans raison, mais vous sentez bien que la situation s'aggrave. Parfois, famille et amis, comme la société, vous paraissent aveugles et sourds à ce qui se passe.

Vous êtes encore trop souvent ignoré par les professionnels de santé, balloté entre différentes structures, ignorant tant de vos droits, que des aides ou prises en charge possibles et de plus en plus désorienté par l'étrangeté de votre proche !

Les tabous aidant, qualifié de " dramatiseur ", isolé, vous n'osez plus en parler....
Mais dans les tempêtes qui se succèdent, tant bien que mal, vous restez debout, vous mettez toute votre énergie à essayer de trouver des solutions qui n'en sont pas et à maintenir à flot votre proche qui, dans ces moments, parait n'avoir qu'une envie: couler.
Puis un jour, pour certains, il faut vous rendre à l'évidence, vous êtes happé par le cyclone, le désespoir et l'épuisement.

C'est alors que pour vous l'Unafam, va sans doute revenir au devant de la scène. Et là, l'accueil qui vous est donné par des bénévoles qui ont traversé ce que nous vivons, le partage et le soutien d'un groupe de paroles adoucissent notre chemin et apaisent notre cœur meurtri.
Non, vous n'êtes pas tout seul à vivre ça !

Oui, c'est très difficile, exténuant, en dehors de tout ce que, même dans nos pires cauchemars, nous aurions pu imaginer et nous pouvons le dire.
Oui, il y a des professionnels de santé qui acceptent d'écouter notre souffrance de
parent (e), conjoint (e), frère ou sœur : le groupe bénéficie de l'écoute bienveillante d'une psychologue.

Oui, nous apprenons à nouveau à prendre soin de nous-mêmes, parler en étant entendu, écouter, rire, rester en vie quoi! Ces compagnons de voyage, quel bonheur, croient en ce que nous disons, nous comprennent et réciproquement. Nous sommes revenus en terre connue et le voyage peut reprendre, en humanité, le
cœur allégé.


Florence Savary