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Santé : un chemin de confiance

9 février : dimanche de la santé. Témoignage d'un infirmier. Dans un contexte social où la réussite se mesure à l'efficacité et l'autonomie, la maladie nous met en nécessité d'avoir besoin des autres... C'est d'abord ce besoin qui fait que des personnes malades et professionnels entrent en relation. Ensuite vient la confiance. Mais elle n'est pas donnée : c'est vraiment un chemin où chacun va avoir besoin de la parole, des connaissances de l'autre, pour avancer dans le combat de la vie...

 TÉMOIGNAGE D’UN INFIRMIER : En dépit des résistances mêmes…


Établir un chemin dans la relation patient-soignant, pour moi infirmier en psychiatrie, veut dire parcourir ensemble un bout de route, sachant que celle-ci sera commune le temps que durera la relation soignante.
Quant à la « confiance », soit elle vise la technicité des soins possédée par le soignant - laquelle facilite, par le rassurement qu’elle engendre, cette confiance - soit il s’agit de la relation d’aide. Auquel cas, c’est par la maîtrise des soins psychiques que peut s’établir une relation de confiance entre soignant et soigné.
Si la confiance se donne, c’est qu’elle se prête à bon escient. Mais dans les soins psychiques, cette confiance ne s’acquiert guère. En effet, le malade ayant affaire à ses propres résistances psychiques, inconscientes par nature, ne saisit pas ce que son accompagnant peut entendre et comprendre de ces résistances. C’est là tout l’art de la relation qu’établissent le soignant et le soigné, de façon implicite. Car le soigné met souvent à l’épreuve le soignant, en le mettant au défi de le soigner, malgré ses résistances. Le soignant doit prouver qu’il est à même de résister aux « attaques » qu’élabore à son issu le soigné. Et ces attaques sont en fin de compte au service de l’épreuve que vit le soigné… C’est là tout le paradoxe : le soignant doit se montrer à la fois lucide et capable de contenir des résistances qui corrodent la relation de confiance, afin que s’établisse cette relation de confiance même.
La fermeté exprimée envers les patients, relativement aux règles de vie, au respect, etc., est un « dépôt » de la confiance des soignés envers la fermeté des soignants. Ça rassure, ça pose des limites, là où il n’y en a pas toujours.

 


Message du pape pour la journée mondiale du malade (11 février 2014)

Depuis 1992, l'Eglise Universelle célèbre tous les 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, la Journée Mondiale des Malades. Celle-ci se décline dans les diocèses français en un Dimanche de la Santé, qui est l'occasion de rappeler que l'accompagnement des personnes souffrantes est une priorité évangélique, mais aussi de sensibiliser chacun pour préserver le don de la santé.
En France, cet événement se vit en paroisse à l'occasion du Dimanche de la Santé, généralement le dimanche le plus proche du 11 février. Mgr Michel Guyard, évêque du Havre, le définit ainsi : « le dimanche de la santé s'adresse aux malades, aux soignants et à tous ceux qui participent à restaurer la santé des malades. C'est une occasion d'inviter tous les chrétiens à réfléchir sur leur santé, ce bien qui nous est donné et que nous devons sauvegarder pour être utiles à nos frères. C'est aussi l'occasion de les sensibiliser à la place de nos frères souffrants et à leur dignité ».

 

LA CONFIANCE OUVRE AUX CONFIDENCES… 

Pour exemple, j’accueille une jeune adolescente qui consulte dans un CMPI*. Lors de la première rencontre, elle dit à sa mère de rester en salle d’attente. Elle veut me parler, seule. D’emblée, elle me lance : « Vous allez tout répéter à ma mère ! » Je lui rappelle que la loi protège la parole des patients. Une fois le cadre posé, la confiance s’instaure. Cette patiente reviendra durant des mois, une fois par semaine. Et elle repassera, jeune adulte, pour me faire part de ses déboires avec un homme qui la frappait. La confiance, une fois établie, ouvre aux confidences…
Autre cas de figure : les parents qui « livrent » aux soignants leur enfant qui, pour la première fois, ne dormira pas à la maison, afin de profiter d’un séjour thérapeutique. Il en faut de la confiance pour livrer son enfant à d’autres adultes, surtout la première fois ! Et eux, au retour de leur enfant, se permettront de lâcher, dans un souffle : « On en a profité … On a soufflé en son absence. C’est que, des fois, il est bien emm… ! » Ce sont des choses que l’on peut le dire, quand la pathologie est lourde à supporter.
Des parents qui peuvent, parce qu’ils ont confiance en l’écoute des soignants, partager avec eux le poids émotionnel que leur font vivre des enfants autistes, psychotiques, etc. Ils restent des enfants - mais quels enfants ! - et néanmoins on les aime comme ils sont. Alors, quand on peut partager ses souffrances, le poids de leur maladie, on les supporte mieux : on n’est plus seul.
Ces exemples montrent que rester « humain » facilite le vivre ensemble entre humains. Je suis un mécréant, membre de la Pastorale de Santé, croyant en l’humain, pensant que les choses ne se passent pas ailleurs qu’ici-bas, et chaque jour. Je suis et reste un homme parmi les siens.

Jean-Emmanuel
■■■ (*) Centre médico-psychologique infanto-juvénile.


Revue Église d'Anency, février 2014 - dossier Santé : sur un chemin de confiance
 

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