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Synode de la famille

Que s’est-il passé depuis le synode de 2014 ?

 L’appel du pape François, relayé par les pères du synode extraordinaire de 2014, à « mûrir, avec un vrai discernement spirituel, les idées proposées et trouver des solutions concrètes» (1), a été entendu par toutes les composantes de l’Église. En France, Mgr Carré a fait état de plusieurs milliers de contributions reçues.Certains pays d’Europe - Allemagne, Suisse, Belgique - ont publié leur synthèse. D’autres, telle la France, ont préféré donner un bilan de la démarche et noter quelques points d’attention. Tous relèvent que la consultation engagée a rencontré un grand écho auprès des catholiques.

La lecture des synthèses disponibles est intéressante. S’y exprime :

> Le rejet d’une vision trop idéaliste du mariage. L’idéalisme est dénoncé comme un facteur d’échec plus que de réussite du mariage, qui peut décourager les jeunes de se marier. La synthèse de l’épiscopat suisse invite ainsi à « voir la distance qui sépare la majorité des fidèles qui se sont exprimés et la doctrine de l’Église comme un signe des temps et le point de départ d’un renouvellement de l’approche pastorale de la famille ». La vision des catholiques suisses rejoint les propos du cardinal Kasper : « L’Église ne peut pas se contenter de faire valoir un idéal de vie, mais elle doit être réaliste et accompagner ces situations qui sont déjà présentes dans la Bible » (2).

> Un appel à une nouvelle théologie du mariage, qui prenne en compte les apports des sciences humaines et les nouveaux défis posés aux couples.

> Le regret d’une quasi-absence de la notion du primat de la conscience et de l’importance de la décision personnelle, dans les Lineamenta (3).

>  Sur l’accompagnement des personnes vivant des situations difficiles (séparés, divorcés-remariés, homosexuels …), « les positions divergent mais se rejoignent pour appeler à une attitude fondamentale d’accueil, de miséricorde, qui évite tout jugement » (4).

L’instrument de travail, publié en juillet, fait écho à ces remontées des diocèses. On ne parle plus d’ «une famille » vue comme un idéal, mais « des familles » comprises dans leurs contextes.  L’accent est mis sur la miséricorde, le caractère essentiel de l’accueil et du pardon, privilégiant une démarche qui prend les gens là où ils en sont, pour les faire progresser. Le document prend acte des fortes divergences sur la pastorale des divorcés-remariés, la régulation des naissances, l’accueil des personnes homosexuelles… Le pape François réussira-t-il à obtenir un consensus ?

Surmonter le divorce, entre théologie et pastorale

Au cours de cette intersession, de nombreux pasteurs, théologiens, exégètes et moralistes français, ont donné leur contribution.

Dans la Nouvelle Revue de Théologie, Xavier Lacroix interroge le lien entre indissolubilité et pardon. L’indissolubilité n’est pas une conséquence de la sacramentalité. Elle s’appuie sur des fondements éthiques et précède la sacramentalité. Le théologien invite à un retournement de perspective : « C’est parce que le mariage est indissoluble qu’il est sacramentel ». Et il interroge : « Comment peut-on invoquer l’indissolubilité du mariage pour refuser le sacrement du pardon ? Les deux se placent-ils sur le même registre ? » (5)

À la demande du Conseil Famille et société, vingt-six théologiens de diverses origines se sont mis au travail (6). En voici un aperçu :

Exégètes et biblistes, relisant les Écritures, s’étonnent du caractère réducteur de l’enseignement de l’Église. Un usage utilitariste de l’Écriture est pointé, tirant, des passages bibliques, des arguments immédiats pour appuyer le propos et le légitimer. Une exégète souligne que, dans l’Ancien Testament, « Dieu vient investir des situations transgressives pour, les inscrivant dans son dessein, les faire servir au salut » (7). Une relecture critique du chapitre 5 de la lettre de saint Paul aux Éphésiens est souhaitée.

La situation des personnes divorcées, engagées dans une nouvelle union, est réfléchie  sous différents angles. « L’engagement à vie et la fidélité sont essentiels en christianisme et il faut en maintenir l’exigence tant ils disent le sérieux de la démarche, mais impliquent-ils pour autant un lien juridiquement indissoluble ? » (8)

Sur la question de la régulation des naissances, la proposition est faite de « renvoyer le discernement sur les méthodes … à la sagesse des couples » (9).

Rappelant l’appel universel à la sainteté, des chercheurs questionnent : « Une relation homosexuelle, vécue dans la stabilité et la fidélité, peut-elle être un chemin de sainteté ? » (10)

Dans une Église rassemblant plus d’un milliard de fidèles, un constat revient comme un leitmotiv : « Les signes des temps sont différents selon les grandes régions du monde … et il faut en tenir compte pour exprimer une parole adressée à tous et à chacun. » (11)

À quelques semaines du Synode, le pape soulignait la nécessité d’une théologie ancrée dans la réalité : « Le chemin est la réflexion, le discernement » qui prend en compte tant la Tradition que la réalité, « en les mettant en dialogue ». Il faut, jugeait-il, « chercher à surmonter ce divorce entre théologie et pastorale ; sans cette rencontre, la théologie court le grand risque de devenir idéologique » (12).

L’enjeu est l’annonce renouvelée de l’Évangile aux familles : « Que la prédication de l’Évangile, exprimée par des catégories propres à la culture où il est annoncé, provoque une nouvelle synthèse avec cette culture » (13). Le synode requiert une ouverture à l’Esprit Saint : comprendre ce qu’il veut nous dire sur la réalité des familles aujourd’hui. Par la prière, nous sommes tous conviés à ce rendez-vous important de l’Église avec les familles : les nôtres, celles de nos enfants et petits-enfants…

 Jean-Marc et Élisabeth Bénichou
Responsables diocésains de la Pastorale familiale

 

■■■ (1) Discours du 18 octobre 2014.

(2) Interview au journal La Croix, 19 septembre 2014.
(3) Rapport de l’Église catholique de Suisse.
(4) Mgr Pierre-Marie Carré.
(5) Nouvelle Revue de Théologie, n° 137/3, 2015.
(6) Synode sur la vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain - 26 théologiens répondent. Bayard, 2015.
(7) Anne-Marie Pelletier, ibid. p. 58.
(8) Marie-Jo Thiel, ibid. p. 49.
(9) Philippe Bordeyne, ibid. p. 197. 
(10) Ibid., chapitre 7.
(11) A. Guggenheim, ibid. p. 144.
(12) Message du 3 septembre 2015, à un colloque de théologie à Buenos Aires.
(13) Evangelii gaudium n° 129.