On demande des pécheurs !
27 février 2013Des « affaires » successives font la une de nos journaux. Il faut chaque fois désigner le coupable. Nous sommes finalement, sans bien nous en rendre compte, mis constamment dans une posture d’enquêteurs et de juges : cela, avant même que la justice n’ait fait son travail. Le tempo des médias ne respecte pas toujours les nuances. Quand on a trouvé le coupable, on est quitte, non sans quelque hypocrisie parfois. Observez bien : notre société cherche des coupables...
... Il y a bientôt quarante ans, le Père Bernard Bro intitulait l’un de ses livres : « On demande des pécheurs ».
Ce rapprochement peut donner à penser. « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs », dit Jésus (Mt 9, 13). Curieusement, en même temps que s’est développée toute une réflexion sur « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 102, 8), on a vu s’amenuiser le discours sur le péché. Peur de culpabiliser ? Mais que peuvent signifier sur nos lèvres les mots « miséricorde » et « pardon », si nous ne nous reconnaissons pas pécheurs ? Ne seraient-ils que des mots creux ?
Plutôt que de vouloir toujours se justifier soi-même, n’est-il pas libérateur de se reconnaître pécheur ?
Nous pouvons être, ou l’impie du Psaume 35 qui « se voit d’un œil trop flatteur pour trouver et haïr sa faute » et « a perdu le sens du bien », ou l’humble croyant du Psaume 31 qui ne cache pas ses torts et dit en toute confiance : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mon péché ». Si reconnaître son péché devenait source d’espérance et de joie !
Le péché est un mot du langage religieux, c’est-à-dire qui ne se comprend qu’à l’intérieur de la relation d’alliance qui unit l’homme à Dieu. Dans la Bible, pécher veut dire « manquer sa cible », « passer à côté » de l’amour de Dieu qui appelle. C’est devant l’amour de Dieu que l’on se reconnaît pécheur. Pour parler du péché, il faut donc commencer par parler de l’amour de Dieu, de sa bonté, de son pardon. L’enfant prodigue, au fond de sa détresse, ne commence-t-il pas par reconnaître l’amour de son père ? « Tant d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim. Je vais retourner chez mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi » (Lc 15, 17-18).
Nous pouvons reconnaître notre péché, parce que nous nous savons aimés de Dieu et que toujours son amour nous précède.
Avouer son péché, ce n’est pas ressasser son mal ou son malheur : c’est tout au contraire laisser le Seigneur nous en libérer. L’aveu devrait toujours commencer sous forme d’action de grâces, par un acte de reconnaissance pour tout ce que le Seigneur fait pour moi. En ce temps de préparation à la célébration de la Résurrection du Seigneur, puissions-nous entendre l’invitation de l’apôtre Paul : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20).
Dieu ne cherche pas des coupables mais des pécheurs ! Le coupable, on le sanctionne ; le pécheur, on lui pardonne.
† Yves Boivineau, évêque d'Annecy
Édito -revue Église d'Annecy - mars 2013

