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Zoom sur les malentendants

La première fois que j'ai compris une messe, c'était à l'enterrement d'un ami ! lance Jana, sourde de naissance. C'était la première fois que je voyais un prêtre parler la langue des signes. Ma langue." De ses mains, Jana exprime sa tristesse et son désappointement.

Many, sourde elle aussi, renchérit : "J'ai parfois le sentiment que l'Eglise est indifférente aux problèmes des sourds. Quand on pense que dans le Val d'Oise, il n'y a pas un seul prêtre qui connaisse la LSF (Langue des signes française) !"

 

Les sourds se sentent exclus de l'Eglise et souffrent de l'impossibilité qu'ils ont de s'intégrer dans les communautés paroissiales.

Pour l'ensemble de l'Ile de France, on ne dénombre que cinq prêtres et un seul diacre sachant signer. La demande de la communauté chrétienne des sourds du Val-d'Oise est claire : ils veulent un prêtre qui signe, un prêtre qui parle leur langue dans le diocèse. "Quoi de plus naturel, explique Myriam Fave, responsable de l'aumônerie des sourds. Ils veulent participer à la vie de l'Eglise mais en sont empêchés faute de pouvoir comprendre. Les sourds ont besoin de voir que l'Eglise s'intéresse à eux et le meilleur signe pour cela est de voir un des ses prêtres parler leur langue." Myriam mariée à Daniel, tous deux entendants, est mère de quatre enfants dont un garçon, David, est sourd de naissance. Aussi est-elle sensible aux situations d'isolement qui se vivent parfois dans l'Eglise. Elle se souvient par exemple de la participation d'un groupe de jeunes sourds au pèlerinage diocésain à Lourdes : "Aucun prêtre ne parlant la LSF, nous avons dû laisser nos jeunes hors du sacrement de réconciliation proposé aux autres. Cela nous a fait mal."

A la merci des sectes…

 Ecarté de la vie d'Eglise, les sourds n'en éprouvent pas moins un besoin religieux. Les Témoins de Jéhovah l'ont, quant à eux, bien compris. Il y a quatre ans, ils ont lancé une vaste opération en direction des sourds, en apprenant intensivement leur langue. Avec succès. Dans le Val d'Oise, les Témoins de Jéhovah sourds forment des groupes dont le nombre est largement supérieur à celui des petites communautés de sourds chrétiens. "Les sourds suivent ceux qui ont fait l'effort d'entrer dans leur langue, constate Myriam. N'ayant que très rarement reçu d'information sur les sectes, ils n'ont pas le discernement nécessaire et se laissent prendre au piège." Presque tous les adultes sourds que Myriam a rencontrés disent avoir reçu un jour la visite d'un Témoin de Jéhovah connaissant la langue des signes. Constat accablant ! Les sourds n'ont, pour la plupart, même pas pu accéder à la catéchèse. Ils en souffrent. En ce domaine, leur demande est aussi forte qu'insatisfaite. Combien d'adultes sourds se plaignent aujourd'hui d'avoir reçu une catéchèse simpliste où on se contentait de leur montrer des images…


Les sourds : pays de mission

La solution ne pourra venir que d'une meilleure connaissance du monde des sourds par les entendants. Les sourds sont d'un pays qui n'existe pas. Un pays aux frontières invisibles au-delà desquelles règne le silence. Etrangers chez eux, ils vivent une solitude et un manque d'information permanents. Le monde des sourds est pareil à un pays de mission, avec sa langue et sa culture. "Comme des missionnaires, dit Myriam, il nous faut apprendre à connaître ce pays, sa langue, sa mentalité. Il nous faut petit à petit apprendre à traduire l'Evangile dans leur langue. C'est véritablement une forme d'inculturation…"


… Les sourds ne veulent pas être réduits à leur handicap mais être traités comme une communauté qui parle tout simplement une autre langue.

Many se souvient avec tristesse de sa dernière participation au pèlerinage de la santé à Notre Dame de Pontoise en 1996 : "Je n'ai pas compris pourquoi nous étions avec les handicapés en fauteuils roulants, dit-elle. J'ai très mal vécu cet amalgame." Martine, entendante, mariée à un sourd, affirme que "c'est bien le regard des autres qui transforme la surdité d'Hervé en handicap." Martine avoue avoir passé beaucoup d'épreuves et beaucoup de temps à se battre pour faire changer le regard que ses amis, sa famille portaient sur son mari. "Ils ont été si longs à admettre, qu'avant d'être sourd, Hervé est mon mari et le père de nos enfants !" Pour Martine, il n'y a pas de handicap parce que l'amour qui les lie, elle et son mari, ne s'articule pas. Il se montre… par signes.
 

Stéphane François
Article publié sur http://www.catholique95
 

 

Pour plus d’information sur le sujet, lire les articles de Anne Bamberg :

1 -Pastorale et catéchèse des personnes sourdes. À propos des recommandations du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé paru dans la Revue des sciences religieuses (publiée par la Faculté de théologie catholique de l’Université de Strasbourg), 83, 2010, p. 387-400.

Deux articles précédents en ligne :


2- Église accueillante aux sourds et malentendants

3- Former des prêtres sourds