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Diocèse d'Annecy, catholiques en Haute Savoie et Val d'Arly

 
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Extrême droite, pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire ?

Dans un livre précis et documenté, Monsieur Etienne Pinte et le Père Jacques Turck dénoncent les thèses du Front National qui stigmatisent les populations entre elles, excluent les immigrés, ferment les frontières. Dénonciation de la démocratie, rejet et discrédit de la classe politique considérée comme corrompue, centralisation du pouvoir aux mains d’un chef charismatique, appel à un nationalisme exacerbé et au repli sur soi, voilà ce qui caractérise les axes du programme politique du Front National...

En 1985, Mgr Decourtray, archevêque de Lyon, déclarait : « Nous en avons assez de voir grandir dans notre pays le mépris, la défiance et l’hostilité contre les immigrés. Nous en avons assez des idéologies qui justifient ces attitudes. Il n’est pas possible de laisser subsister la moindre équivoque sur l’attitude du Christ par rapport aux étrangers, aux immigrés, aux marginaux et aux exclus de la société. »

Extrême droite, pourquoi le chrétiens ne peuvent pas se taire

A cela il faut ajouter l’instrumentalisation de la religion chrétienne et la récupération de certaines figurent de l’Eglise, en particulier de Jeanne d’Arc : « S’agit-il, en effet, de brandir l’étendard de Jeanne d’Arc comme celui d’une héroïne qui a repoussé l’étranger (les Anglais) à la mer comme modèle pour que les chrétiens patriotes suivent son exemple et repoussent les étrangers hors de leurs frontières nationales ? »

Tout ce qui sépare, tout ce qui divise doit être dénoncé.

Les auteurs s’appuient sur des références bibliques, La Tour de Babel (Genèse 11), d’une part, et le récit de La Pentecôte (Actes 2), d’autre part. Dans le premier récit, celui de La Tour de Babel nous sommes confrontés à la pensée unique tandis que, dans le deuxième récit, celui de La Pentecôte nous sommes appelés à construire un monde centré sur « la fraternité humaine et l’estime mutuelle, où chacun est accueilli dans sa différence de langue et de mode de vie ».

Pour les auteurs, « la religion n’est pas seulement l’expression d’une conviction personnelle mais elle façonne la conduite de tout croyant ».

Ainsi, en 1972 Mgr Matagrin, évêque de Grenoble, déclarait : « L’Eglise n’a pas compétence pour dicter des programmes ou des décisions et elle se doit de respecter l’autonomie de la société politique des responsables et des citoyens. Elle a compétence pour rappeler la lumière de l’Evangile sur toutes les réalités humaines, sur les situations, les évènements, les régimes, les idéologies ».

Aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes interdépendants, « solidarisés » les uns aux autres. 

L’enjeu ne consiste pas à exister côte à côte dans l’indifférence mais il doit favoriser un échange, une parole : « la solution ne se trouve pas dans l’affirmation violente d’une identité culturelle ni dans l’abandon de cette identité mais dans l’alliance des cultures ».

Au fil des ans l’Eglise dénonce régulièrement tout ce qui oppose les hommes les uns aux autres. En 2006, le texte « Qu’as-tu fait de ton frère ? » nous interpelle : « Nous nous sommes habitués à la libre circulation de l’argent, des marchandises, des informations, mais nous sommes plus réticents face à la liberté de circulation des personnes. Peut-on à la fois pratiquer la liberté du commerce, tout en barrant la route aux immigrés ou en les renvoyant chez eux ? »

Le discours de l’Eglise est aussi éclairé par les nombreux textes de la Pensée Sociale de l’Eglise et par les discours des Papes contemporains. Ainsi, le Pape Jean Paul II, lors de sa venue à Lyon le 4 octobre 1986 déclare : « L’Eglise de se résoudra pas à ce que l’on man

que de respect envers les travailleurs immigrés et leurs racines culturelles, ni d’équité devant leurs nécessités et celles de leurs familles qui ont besoin de vivre avec eux. Les chrétiens sero

 

nt au premier rang de ceux qui luttent pour que leurs frères originaires d’autres pays bénéficient de légitimes garanties et pour que les mentalités s’ouvrent de façon plus accueillante à l’étranger. Oui, comme les évêques l’ont courageusement souligné à plusieurs reprises, l’Eglise se fera encore ici la voix des sans voix ».  

A quelques semaines des élections voilà un livre éclairant sur le comportement que chaque chrétien devrait avoir vis-à-vis de l’autre et du Tout Autre.

Paul GRUFFAZ
Extrême droite, pourquoi le chrétiens ne peuvent pas se taire – Les éditions de l’atelier – 12 euros – Etienne Pinte et Père Jacques Turck