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V.E.A. : Vivre Ensemble l'Évangile Aujourd'hui V.E.A. : Vivre Ensemble l'Évangile Aujourd'hui

Les 4 saisons

Arrête ta course, ferme la radio, dépose tes livres, éloigne-toi des bavardages, isole-toi dans le calme. Assieds-toi et laisse venir le silence.
S'asseoir avec Dieu, prendre du repos avec lui, goûter sa présence... Celui qui aime s'assied près de son ami.
(Charles Singer)
Pâques

Quand tu es là, s’éboulent les montagnes d’impossible. Les grandes eaux ouvrent leurs bras pour nous livrer passage et le caillou du cœur se mue en fontaine qui chante. Quand tu es là, la main d’un ange console en plein désert. Avec cinq pains et deux poissons, on peut offrir un festin et le caillou du cœur déborde en couffin de tendresse.
Quand tu es là, nos yeux s’ouvrent sur d’inouïes merveilles, nos oreilles de sourds entendent jusqu’à l’invisible et le caillou du cœur comme un cristal rend la lumière.
Quand tu es là, il se redresse, le roseau qui ployait, le joug qui brise, les murs s’effondrent, la pierre est roulée et le caillou du cœur se fend sous ton souffle de Pâques. (Carmel de Mazille)

Le Seigneur de Pâques

On a essayé par la violence, il a continué avec l’amour.
On a essayé par les crachats, il a continué dans le silence.
On a essayé par le mensonge, il a continué dans la transparence.

On a essayé par les coups, on a essayé par les pièges, il a continué.
On a essayé par l’envie d’abandonner qui s’empare de chacun lorsque vient la panique devant l’inutilité de toute action, il a continué dans la confiance en la volonté du Père.

On a essayé par le ridicule, il a continué dans la dignité, avec le manteau rouge sur l’épaule, comme les fous.
On a essayé par les clous, il a continué avec le pardon.
On a essayé par la solitude de l’extrême angoisse des condamnés, il a continué en se remettant entre les mains du Père.

Alors on a essayé par la mort, car la mort, c’est connu, est la solution finale, personne ne peut aller au-delà, car la mort, c’est connu, est l’ultime puissance, l’obstacle dernier sur lequel chacun trébuche, même le plus grand, même le plus saint, même le Fils, fût-il le Bien-Aimé de Dieu. Mais il a continué !

Animé par l’amour du Père, il est entré dans la mort comme on entre dans un obstacle qui verrouille le passage !
Il a été brisé, éclaté, son corps et son esprit ont été déchirés. Mais il a continué et il est passé : le Père l’a maintenu debout !

C’est fait à jamais, la mort est définitivement entamée et l’entaille ira s’agrandissant, car désormais la mort a perdu son pouvoir. Pour l’éternité, le passage est dégagé : c’est Pâques pour toujours.

Charles Singer

Le Carême - La marche

Depuis Abraham nous marchons et Dieu n’aura jamais cessé d’être devant. La marche nous vient toujours de l’avenir. Elle ne nous pousse pas, elle nous tire, elle nous arrache. Chacun de nos pas nous arrache à nous-mêmes. Chacun de nos pas nous soulève de terre. Chaque pas nous tire de nos pesanteurs, du poids de nos affaires, de nos enlisements et de nos ornières. Chacun de nos pas devient un geste créateur, nous tirant de l’argile, nous dégageant de la terre et de la glaise.

Ces marches de l’hiver, ces départs enveloppés de nuit, l’épaule prise dans l’étau de la glace, quitter le chaud de l’intérieur, la sécurité des murs, franchir la porte et le seuil pour une fois de plus naître de sa mère. Cette marche qui nous expulse de nos conforts et de nos tranquillités comme un nouvel accouchement. Quitter pour passer de « l’avoir » à « l’être ». Se retrouver dehors, n’ayant plus qu’un chemin pour maison. S’enfoncer dans la nuit. Écouter nos pas, battant à notre rythme, celui de notre souffle. Nos pas, battements de notre cœur.

Ces marches de l’été, écrasées de soleil. La tonne de chaleur sur le dos, la sueur, la gorge brûlée et cette ombre obstinée qui ne cesse de nous accompagner. Et si cette ombre, notre image, nous en disait plus ? Si elle nous disait que nous marchons à l’ombre de Dieu ? Et que nous sommes nous-mêmes les ombres et les images de Dieu ?

« Lève-toi et marche ! »
C’est donc que quelque urgence nous presse, sinon pourquoi irions-nous dehors nous risquer nous-mêmes ?
Pourquoi ces marches du petit jour alors que tous continuent à sommeiller de leur propre mort ? Nous voilà donc comme des ressuscités avant le lever du jour. Nous avons écarté la pierre de nos tombeaux. Nous sommes des nouveau-nés et nous n’aurons jamais fini d’apprendre à marcher.

Si nous marchons, c’est donc pour aller ailleurs. C’est donc qu’il existe un ailleurs, qu’il existe une issue et que nous ne sommes pas coincés dans nos impasses.
Nos pas prennent le pas sur nous, nos pas nous précèdent.
Ils vont devant et nous les suivons.
Nos pas font ce que notre cœur nous refusait de faire.
Nos pas font ce que nous voudrions voir faire à notre foi.

Croire nous rentre par les pieds. C’est quelquefois le corps qui porte l’âme en avant.
Nous nous arrachons à nos passés pour nous enfoncer dans l’avenir. C’est la marche du Peuple de Dieu arraché à ses oignons d’Égypte. Nous gardons la nostalgie des graisses de nos illusions et des marmites de nos désenchantements. La tentation de la marche arrière. La marche nous tire en avant, car Dieu marche en tête. Notre histoire n’est pas seulement derrière nous, mais devant. Nous sommes précédés. Nous marchons et notre marche écrit une histoire sainte.

Nous voici marchant le long de ce Carême, franchissant ce désert de la quarantaine. Quarante jours pour réapprendre le cœur nomade. Notre Dieu est celui de l’Exode. Lui-même n’a jamais eu pour lui une pierre où reposer la tête.
Le Carême ne fait pas pénitence pour le plaisir de savourer la privation. Le Carême est un marcheur et s’il allège le sac, c’est pour marcher plus à son aise. S’il jeûne, c’est pour avoir moins lourd à traîner et pour garder la forme. S’il se lève plus tôt, c’est parce qu’il est plus agréable de marcher de bonne heure et que la route sera longue. S’il veille, c’est pour être plus sûr de ne pas rater le départ. Si le Carême prie, c’est que la marche creuse l’appétit de Dieu.

Si c’est le Ressuscité que vous cherchez, levez-vous et mettez-vous en marche. Mettez vos cœurs au départ, prenez la route et allez devant. Qui sait, peut-être sur votre chemin d’Emmaüs quelqu’un vous rejoindra que vous ne connaissez pas encore, car Dieu ne peut être que surprise et c’est toujours en marche que Dieu a ses rendez-vous.

Jean Debruynne