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V.E.A. : Vivre Ensemble l'Évangile Aujourd'hui V.E.A. : Vivre Ensemble l'Évangile Aujourd'hui

Oser la bienveillance (Lytta Basset)

Quand on parle de la bienveillance, on ne parle pas d’un état d’âme, je ne me ꞌꞌsens pasꞌꞌ bienveillant, on parle des actes. C’est libérateur que ce soient les actes qui comptent, sans se prendre la température affective !
7 mai 2014 :
Conférence de Lytta Basset ꞌꞌOser la bienveillanceꞌꞌ

Le pourquoi
        
Prise de conscience que l’être humain est présenté de manière vraiment négative dans notre société occidentale, comme une évidence : il est mauvais, méchant, cruel, violent, égocentrique. Mais parallèlement, nous avons un besoin brûlant d’être valorisés, bénis, reconnus pour qui nous sommes, nous avons besoin d’être objets de bienveillance, quelque soient nos actes.
        En même temps, il y a la difficulté de beaucoup de personnes (rencontrées dans des accompagnements individuels) d’intérioriser ce regard bienveillant sur leur personne, même quand on le leur donne, comme si ça leur glissait dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard. C’est à la mesure de tout ce que nous avons pu engranger de regards négatifs sur notre personne…
        D’où vient cette image si noire qui nous inculque que tout est toujours de notre faute, nous personnellement ou  l’humanité en général ? Chercher du côté du péché originel : nous avons un passé collectif très lourd en Occident, du IVème au XXème siècle, on nous a inculqué que nous étions coupables de notre nature humaine.
        D’où le désir de réhabiliter l’être humain, d’avoir un autre regard sur lui et de prendre la mesure de ce que nous avons pu intérioriser de malveillance sur un plan individuel et collectif et progressivement se déparasiter de ce regard, de ces discours pour découvrir que le 1er à réhabiliter l’être humain (et ce serait le moment qu’on l’entende), c’est le Dieu biblique !

1° Séquelles du dogme du péché originel
       
Ce dogme a été adopté en 418 au concile de Carthage, sous l’influence très forte de St Augustin. La chrétienté a vécu 4 siècles sans avoir besoin de ce dogme et elle a bien vécu, comme les chrétiens d’Orient où le dogme ne s’est pas développé (au IXème siècle, un patriarche a dit que c’était une vraie hérésie).
        Que dit le dogme : Adam et Eve ont commis une faute gravissime (les textes ont été pris à la lettre dans une perspective historique et non pas mythologique ou symbolique) avec des conséquences sur tous les humains de tous les temps. Cette faute s’est propagée comme une souillure qui a corrompu la nature humaine jusque dans le ventre des mères. L’humanité est une masse damnée, sauf quelques personnes, choisies par Dieu on ne sait comment… donc toujours sur la tête, comme l’épée de Damoclès, la menace de l’enfer. Mais ça n’a rien à voir avec les textes bibliques où Jésus annonce une libération pour tous les humains de ce qui les empêchent de vivre, gratuitement, sans conditions.
        Quand nous entendons dès le berceau que nous sommes mauvais par nature, nous n’allons pas chercher à nous en sortir. Comme quand on dit à un enfant depuis le début de sa vie qu’il ne fera jamais rien de bon, qu’il est le digne portrait de son père, sa mère… il va le croire. Il ne sait pas qui il est, il ne connait pas son identité et on lui reflète qu’il est mauvais… alors quand il est adulte et qu’on lui dit que Dieu l’accueille avec bienveillance dans son être profond ça lui coule dessus. La tristesse de beaucoup de chrétiens est impressionnante, surtout ceux d’un certain âge.
        Les enfants sont appelés ꞌꞌenfants de Satanꞌꞌ, ꞌꞌcriminelsꞌꞌ et il faut les baptiser au plus vite car ils sont d’autant plus vulnérables au péché originel qu’ils sont petits. Il y a des textes effroyables surtout au XVIème et XVIIème  siècle (un archevêque en France appelle à sacrifier la mère en secret en lui ouvrant le ventre en cas de problème pour baptiser l’enfant et un progrès immense a été fait quand des médecins belges ont inventés une sonde pour baptiser l’enfant dans le ventre de sa mère…). La peur d’un Dieu juge pourrit encore les derniers temps de la vie de bien des personnes âgées… une vraie folie collective quand on pense aux paroles de Jésus sur les enfants et le Royaume de Dieu ou au Psaume 138 « Je confesse que je suis une vraie merveille… Tes œuvres sont prodigieuses… »

        Chez les protestants, c’est pareil, Calvin cite 4100 fois St Augustin, il l’admirait beaucoup. Le principe : trainer les humains dans la boue pour qu’ils n’aient qu’une seule issue : accueillir Jésus. Mais quand on a été éduqué ainsi à coups de bâtons, il n’existe plus d’espace pour L’accueillir. Luther. : « R§ien sinon le mal ne peut être pensé par l’être humain pendant toute sa vie… ». Angoisse collective dans tout l’Occident, particulièrement les générations de nos parents, grands-parents et arrière-grands-parents et même si nous n’avons jamais entendu parler du péché originel, c’est dans l’inconscient collectif.
        Alors que dans Genèse 2,18, on ne trouve pas le mot péché, encore moins péché originel, même pas le mot chute, ni l’affirmation qu’Adam et Eve auraient introduit le mal ou la mort dans le monde (Adam a vécu 130 ans !), il n’y a pas le mot paradis non lus, ni un monde parfait, ni la condamnation de la sexualité… Cette doctrine est étrangère au judaïsme et Jésus n’en parle pas, il ne fait même pas allusion aux personnages d’Adam et d’Eve et il n’y a rien dans les Evangiles, à part une parole de Paul, difficile à comprendre…

        Dans la tradition orthodoxe des 1ers siècles, la vision de l’être humain est plus intéressante. Adam et Eve étaient des gens faibles, comme des adolescents, ils ont fait une crise de croissance. Ils étaient appelés à grandir progressivement. C’est une vision plus positive : nous sommes appelés à un processus de divinisation, de déification. Nous avons été créés pour ressembler de plus en plus à Dieu, pour faire fructifier de plus en plus ce qui est divin en nous. (comme St Irénée au IIème siècle qui disait des choses magnifiques sur l’être humain).

        Le succès de la propagande culpabilisatrice en Occident s’explique par tous les malheurs collectifs de l’époque : épidémies de peste, choléra, famines, guerres civiles ou religieuses, invasions… : on disait que c’était une punition du péché originel ; il n’y avait pas de problème avec le mal, tout était dû au péché originel. Et ça a favorisé ceux qui étaient au pouvoir : « tout est de votre faute » ! On a convaincu le peuple qu’il n’était pas capable de faire usage de sa liberté. Église et Etat main dans la main, tutelle du peuple. Du milieu du XVIème au milieu du XVIIème siècle, on a publié 600 ouvrages en Europe pour aider à traquer les fautes, chez les autres et en soi-même…

Les séquelles
   -
La mésestime/honte de soi
   - L’entraînement àla méfiance, il fallait se méfier car Satan était tapi partout (cf il n’y a que 21% de français qui estiment qu’on peut faire confiance aux autres…)
   - Hypertrophie de l’accusation (il faut trouver un coupable)
   - La déresponsabilisation : pendant 15 siècles on nous a dit que nous étions coupables, ça ne donne pas envie d’être responsables, nous sommes de toute façon mauvais par nature. Mais si nous disions « tu es une merveille, tu portes Dieu en toi, il se trouve que tu as commis un vol, dit un mensonge ou blessé quelqu’un… » nous l’appelons à se responsabiliser pour ce qu’il a fait.
   - La condamnation quasi scientifique de l’être humain dans tous les ouvrages de psychologie, sociologie, économie ou politique où c’est sous-jacent que l’être humain est violant, mauvais, destructeur par nature…
   - La violence éducative (développée plus loin)

2° Revisiter la condition humaine dans sa globalité, prendre tous les aspects de l’humain sans les lunettes doctrinales du péché originel 

Les chercheurs nous disent :
        - La première expérience du nouveau-né qui vient au monde, c’est la perte irréparable de la totalité originelle (Jean-Marie Delassus). Pendant 9 mois, il a baigné dans une totale bienfaisance, la colonne vertébrale soutenue par l’enveloppe de l’utérus. C’est contenant, bienfaisant, c’est la première expérience de bienveillance et tout à coup, il est expulsé de manière brutale dans un monde complètement étranger… Il perd tous ses repères et il est en danger de mort. Il y a urgence qu’il fasse par moments l’expérience de la totalité originelle quand la maman (ou autre) lui redonne cette relation de bienfaisance/bienveillance et là, il peut se reconnecter à ce qu’il a vécu avant. En faisant suffisamment cette expérience, il pourra accepter la perte de sa totalité originelle.
        - On a découvert que nous avons la capacité innée à nous défendre. Nous ne sommes pas méchants si nous nous défendons, ce n’est pas de l’agressivité méchante : sans cette capacité, nous n’aurions pas survécus (cf péché de colère… !
        - L'attachement : c’est un besoin primaire aussi puissant que la faim ou la soif et ce n’est qu’avec beaucoup de violence ou de maltraitance que l’enfant va apprendre à se détacher.
        - L'empathie : La neurobiologie montre que l’être humain a depuis sa naissance un capital d’empathie innée. Le petit bébé est sensible, vibre à ce qui se passe autour de lui émotionnellement. L’être humain est fondamentalement social, prédisposé à l’empathie et à la coopération (ça change du regard d’avant !).
        - La violence éducative : subie pendant des siècles à cause de la pensée que l’enfant est mauvais, suppôt de Satan. Mais ce n’est pas une spécialité chrétienne : on retrouve cette violence partout dans le monde, même chez les bouddhistes. Ce qui est grave, c’est que nous l’avons justifiée par le Dieu biblique et le Dieu des Evangiles. On l’a cautionnée, encouragée : un bon parent était celui qui battait son enfant : il faut le dresser, redresser ce qui était tordu, on donnait des ꞌꞌcorrectionsꞌꞌ… Avec ces pratiques, on passe insensiblement de la violence éducative ꞌꞌordinaireꞌꞌ qu’on banalise encore à fond (gifles, fessées, tirages de cheveux, d’oreilles…) à une violence plus grave… c’est comme une addiction…
        Il y a une lenteur mais le mouvement est irréversible quant à la prise de conscience des effets catastrophiques de cette violence sur les enfants. D’après l’UNICEF : 86% des enfants de 2 à 14 ans dans le monde subissent des agressions physiques ou psychologiques et en France, 2 enfants meurent par jour sous les coups, sans parler des autres dont on ne sait rien ou des séquelles physiques, psychologiques ou spirituelles. St Augustin lui-même a été terrorisé par ses maîtres sous les rires de ses parents parce qu’il n’arrivait pas à apprendre le grec et il l’a justifié « Moi si petit enfant et déjà si grand pécheur »… du coup, il n’a pas compris le texte de Paul qui a servi de base pour élaborer la doctrine du péché originel !!! Voir aussi les maltraitances, humiliations dans les pensionnats chrétiens. Une amnésie pour les paroles de Jésus sur les enfants auxquels les adultes sont encouragés à ressembler, etc…
        Le regard malveillant, la parole malveillante tuent sans bruit, c’est pourquoi cette violence est difficile à repérer. Les paroles du genre « tu ne changeras jamais, je te connais… » anéantissent tout la confiance que l’enfant peut avoir en soi, dans les autres. Elle coupe des ressources potentielles de transformation : il n’a personne qui croie en nous…

        Mais il ne s’agit pas non plus de dire que l’être humain est tout bon !!! Jésus ne le disait pas et ne l’acceptait même pas le concernant. L’être humain est un mélange inextricable de malheurs et de malfaisance et toute cette violence, on va la reproduire (mais l’immense majorité ne reproduit pas la violence subie).
     Jésus parle de l’homme bon et pour le contraire, il n’emploie pas ꞌꞌmauvaisꞌꞌ mais ꞌꞌmalheureux, dysfonctionnant, en mauvais étatꞌꞌ… Personne n’est 100% mauvais ou bon. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de fatalité (tel père tel fils), on ne définit pas quelqu’un d’avance, on se fie au potentiel en lui, potentiel mystérieux
        Notre condition humaine n’est pas facile et on a voulu nous faire croire que tout ce qui va mal, c’est de notre faute. Alors que la Bible dit que notre première condition, c’est celle de l’esclavage et Dieu nous fait sortir de cette situation. Le début de la Bible, c’est l’Exode et pas la Genèse, c’est cette expérience de la libération (le Crédo juif commence par ça). Notre condition de base, c’est le fait que nous ne sommes pas vraiment libres. Nous en avons envie, nous sommes appelés à la liberté. C’est la base de la Révélation juive : « Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’a fait sortir de l’esclavage ». A nous de savoir quel est, quels sont nos esclavages.
        La Genèse commence par le chaos, notre condition humaine aussi (naissance, ce que nous vivons comme violence, etc…) et Dieu met de l’ordre dans la Création en différenciant (la terre des cieux, etc…). Dieu nous crée un monde habitable. Et quand nous sommes différenciés, nous sortons du chaos. Moi différencié de toi et il n’y a plus de violence, de mensonge. Une maman fait un travail divin de mettre de l’ordre dans le chaos où se sent arriver l’enfant.
        Sentiment d’exil : sentiment d’étrangeté à ce monde, nous pouvons avoir la nostalgie de où nous venons (comme dans certains suicides). Jésus disait aussi « Je viens d’ailleurs… ». Les artistes, les poètes, les spirituels ont beaucoup ce sentiment. C’est la condition humaine, mais nous l’aggravons en nous coupant des autres.
        Quand nous souffrons énormément, nous nous replions sur nous-mêmes, nous nous enfermons et ça décuple la souffrance. C’est là qu’intervient l’appel biblique. Dans la Bible, on ne dit pas que la condition humaine est facile (« Venez à moi vous tous qui ployez sous le poids du fardeau et je vous donnerai le repos ») mais ce qui est de notre liberté, c’est de ne pas nous enfermer dans l’autosuffisance, nous replier sur nous et couper la relation aux autres.

3° : Comment le regard bienveillant (ne serait-ce que d’une personne) ramène l’humain à la relation :
Le péché
 : le mot, pour nous aujourd’hui, est parasité. Mais la réalité qui est dans ce mot dans toute la Bible, c’est la non-relation à l’autre, à l’Autre (et pas la liste des défauts, péchés, etc…). C’est chaque fois que je m’enferme en moi-même, sans vis-à-vis. Je peux le faire quand je souffre trop, mais si je m’y enferme, il y a problème.

Les Hébreux n’ont pas de mot pour dire ꞌꞌrepentir, repentanceꞌꞌ, ils ont le mot teshuva (téchouva), le retour. Dieu dit « revenez, revenez à la relation, retournez-vous » et dans la prière juive, ils le disent trois fois par jour. C’est comme une vigilance pour ne pas rester enfermés. C’est un appel qui retentit tout au long de la Bible et ce retournement est une réalité humano-divine : c’est à la fois nous et la force divine en nous qui nous permettent ce retour. On ꞌꞌretourneꞌꞌ pour vivre (« Revenez et vous vivrez ») et ce n’est pas réservé aux croyants !

A travers la relation de Jésus avec Zachée, complètement empreinte de bienveillance (même si ce mot n’apparait pas dans le texte), on peut voir comment le comportement de Jésus provoque comme un miracle…
     La bienveillance qui nous traverse à chaque fois que nous sommes bienveillants, c’est discret, ça se faufile dans les relations, c’est un regard, un geste, la parole qui ꞌꞌsauveꞌꞌ. C’est le fait d’une personne qui croit en l’autre et qui la fait sortir de son enfermement, du repli sur elle-même. ꞌꞌLa bonté est un équivalent utérinꞌꞌ, une enveloppe de bienfaisance bienveillante qui fait qu’un humain va pouvoir se détendre et être dans le meilleur de lui-même- Personne n’a envie de changer, de grandir quand on le soupçonne du pire.
     Ce qui frappe, c’est à quel point Jésus est en demande de relation, quelle que soit sa réputation, quelques soient les choses désagréables qu’on dit sur lui, quelques soient mes propres expériences négatives que j’ai eues avec lui. C’est déjà solliciter chez l’autre le meilleur de lui-même, sans le culpabiliser ni faire pression sur lui. C’est déjà reconnaître sa marque de fabrique, divine comme soi-même, comme tout être humain.
     Ce regard de Jésus ne dit pas « Tu es coupable de ton être » mais « Je ne te veux que du bien » et « Je ne vais rien t’imposer pour ton bien » (formule classique de l’éducation musclée : « pour ton bien »). Ce regard de totale bienveillance donne une sécurité incroyable à la personne, comme une enveloppe contenante. Il offre à la personne un espace sécurisé pour pouvoir grandir dans le meilleur de lui-même.

Nous sommes bienveillants quand :

Nous sommes à l’affût du désir d’autrui, à l’écoute de sa quête. Zachée cherchait à voir Jésus et Jésus a été sensible à sa quête. Il dit à la fin du texte qu’Il était venu chercher ce qui était perdu, C’est comme si toute une part de Zachée avait été soustraite à la relation par le métier qu’il faisait et avec lequel il s’était fait beaucoup d’ennemis.

Nous traitons l’autre d’égal à égal : « Lui aussi, c’est un fils d’Abraham ». C’est valorisant de dire ça, Abraham était symbole de liberté, il a entendu l’appel de Dieu et effectivement, Zachée s’est montré libre de poser des actes totalement responsables. Jésus parle de Lui-même comme ꞌꞌFils de l’humainꞌꞌ, un humain parmi d’autres humains. C’est comme si son besoin vital de relation avec l’autre le mettait d’emblée d’égal à égal avec n’importe quel humain.

Quand nous désirons des relations qui durent. Jésus veut ꞌꞌdemeurerꞌꞌ dans la maison de Zachée, Il veut aller ꞌꞌchez luiꞌꞌ, dans son ꞌꞌintérieurꞌꞌ, sa profondeur. C’est ça des relations qui durent : même si la rencontre est brève, elle peut être gardée comme un trésor et elle va durer toute une vie.

Quand nous sommes indifférents aux apparences. Zachée est montré du doigt « lui… collecteur d’impôts… », « lui…. riche.. » et pourtant, son nom, en hébreux, veut dire ꞌꞌpur, innocentꞌꞌ ! Ses actes sont ce qu’ils sont, mais au fond du fond, Zachée est quelqu’un de pur et d’innocent devant Dieu. Et dans ce regard bienveillant, Zachée est tout de suite dans la joie, alors qu’il y a toute l’hostilité de la foule autour.
Le texte dit « il se mit debout/il fut mis debout » (les deux traductions sont bonnes) : c’est un processus humano-divin. Toute l’attitude de Jésus était tellement bienveillante, que c’est cette Bienveillance en chair et en os qui l’a mis debout, dans sa verticalité, qui lui a rendu sa dignité.

Quand nous donnons envie à l’autre de poser des actes responsables. L’autre se sent reconnu, valorisé, respecté et dans cette ambiance-là, Zachée dit « Je donne la moitié de mes biens aux pauvres ». Le verbe est au présent. Il redresse ce qui était tordu, aujourd’hui, pas demain et c’est un présent qui va durer. Un salut est entré dans cette maison, ça veut dire qu’il y en aura d’autres.

Quand nous accueillons autrui dans les limites du moment. Zachée donne la moitié de ses biens, pas la totalité et Jésus ne le lui fait aucune remarque. C’était ce qu’il pouvait faire de mieux aujourd’hui.

Quand autrui devient clairvoyant sur lui-même à notre contact. C’est pas nous qui lui faisons la leçon, nous n’imposons rien du tout. Jésus ne fait pas la moindre allusion à Zachée sur sa manière de vivre. Mais par Sa manière d’être tellement 100% bienveillant, Zachée se voit lui-même comme dans un miroir, change sa manière d’être et devient responsable de ses actes. Alors que nous avons tendance à dire « tu devrais être ceci… t’as pas honte de cela… » !

Quand nous réveillons en autrui sa capacité relationnelle. Zachée contacte la partie de son être soustraite à la relation. Il lâche son avoir et ça lui permet d’être rejoint encore plus profondément dans son être, dans un espace complétement sécurisé, à l’abri des regards condamnateurs. Le salut qui est entré dans cette maison grâce à Zachée rejaillit sur tous ses habitants.

Quand, à notre contact, l’autre lâche tout le système culpabilisant, perfectionniste, la faute, la punition, la récompense. L’attitude bienveillante de Jésus fait que Zachée ne s’occupe pas de tout ça. Il s’investit dans la relation, sans se préoccuper de sa valeur à lui, (assez bon, mauvais, etc…)

Quand nous aidons les autres à restaurer son tissu social. C’est important : la relation entre Jésus et Zachée n’est pas intime, uniquement en face à face, elle va se répercuter dans la société. On voit ici que UN retournement spectaculaire et soudain peut faire tache d’huile et restaurer le tissu social. Nous pouvons tous faire la même chose là où nous sommes : dans nos familles, notre lieu de travail, partout où nous agissons, vivons et être bénéfiques pour le tissu social. « Si j’ai imaginé quelque machination contre quelqu’un je lui rend le quadruple… » : nous ne sommes jamais sûr du tort que nous avons fait à quelqu’un et du coup, ça nous oblige d’aller vérifier, entrer en dialogue et ça recrée du lien car nous y allons avec bienveillance. Nous nous remettons en relation et devenons responsables de ce que nous avons fait. Nous avons besoin des autres pour devenir plus responsables, à l’opposé de la foule, masse indifférenciée et irresponsable.

Quand on parle de la bienveillance, on ne parle pas d’un état d’âme, je ne me ꞌꞌsens pasꞌꞌ bienveillant, on parle des actes. Voir  Matthieu 25 : on peut poser des actes bienveillants (visiter les malades, donner à boire et à manger, etc…) sans éprouver de l’empathie (quand est-ce que j’ai … ?!?). C’est libérateur que ce soient les actes qui comptent, sans se prendre la température affective !

Propos recueillis par Anne Bielawski