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Le marché n’a pas de morale

Ce livre, de Mathieu Detchessahar, s’inscrit dans le droit fil de la Pensée Sociale et des écrits du pape François. Il est un appel lancé à chacun de nous afin de créer (ou recréer) du lien social car tout ce que nous échangeons ne doit pas être considéré comme une simple marchandise, monnayable et consommable.

La société de marché donne l’illusion que l’abondance matérielle se substitue aux vertus (charité, fraternité…) et devient solution à tous nos maux.

Dans la société de marché, « c’est le marché qui dit le bien et tout ce qui peut faire l’objet d’un contrat libre est bon et doit être considéré comme richesse pour la Communauté ». Ainsi certains pays européens comptabilisent, comme richesse pour la société, les transactions liées à la drogue, à la prostitution et à différents trafics. 
Comme conséquence ils voient le PIB augmenté de plus d’un point ce qui leur permet « de mieux respecter les critères européens de convergence en matière de déficit public, les fameux 3% du PIB… » 

Les très grandes entreprises prennent aujourd’hui une importance telle qu’elles s’immiscent dans la politique « en négociant des accords leur permettant d’assigner les États au cas où ceux-ci ne respecteraient plus les standards sanitaires, environnementaux ou sociaux contenus dans l’accord ».

Ces très grandes entreprises sont soumises au pouvoir exorbitant des actionnaires qui recherchent la primauté du profit au détriment de l’innovation. En 2009, dans l’encyclique Caritas in Veritate, le pape Benoît XVI écrivait : « un des risques les plus grands est que les entreprises soient exclusivement soumises à celui qui investit en elle et que leur valeur sociale finisse ainsi par être amoindrie » (n°40).

Aujourd’hui les décisions sont souvent prises par des groupes d’expert se référant à la seule rationalité de techniques efficaces au détriment de bons principes moraux. Nous assistons à l’émergence d’une société « sans auteur » et « nous ne savons plus d’où viennent les forces qui mettent la société en mouvement ».

Il nous faut passer de l’homme replié à l’homme déployé

Il nous faut passer de l’homme replié à l’homme déployé, nous dit Mathieu Detchessahar. Le bien commun ne peut être laissé à l’espace de l’intime ou du privé mais « il doit être au cœur de l’espace politique ».

L’homme est un être dépendant qui vit en interaction avec ses semblables. La transmission du bien commun, aujourd’hui, assure la qualité des liens sociaux de demain. Ainsi, « les marchés et les entreprises ne peuvent pas avoir comme finalité de générer des profits mais ils doivent participer également à la construction d’une société désirable, une société bonne pour l’épanouissement plénier des personnes. »

Et Mathieu Detchessahar de nous interpeller : « Il est souvent question de bonheur individuel, mais peut-on être pleinement heureux seul ou contre les autres ? »  

Plus que jamais il nous faut élaborer un projet de société assis sur une morale partagée, une éthique car « si nous n’avons pas de vision de l’homme nous ne pouvons pas réfléchir à ce qui est bon pour lui ». Dès à présent il nous faut construire une société fraternelle de confiance et de solidarité, une société digne de l’homme.

Paul GRUFFAZ
Diacre permanent – délégué diocésain aux Questions Sociales

Le marché n'a pas de morale de Mathieu Detchessahar
Éditions du Cerf - Collection Actualité 160 pages - nov.14,00€ - Dimensions : 135x210x12
ISBN : 9782204105477

L'auteur est professeur des Universités - Laboratoire d'Economie et de Management Nantes-Atlantique (LEMNA)