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Paroisse Saint-Bruno en vallée d'Arve Paroisse Saint-Bruno en vallée d'Arve

Saint-Sigismond

À Saint-Sigismond, comme le dit Arlette, « une poignée de fidèles assure le fonctionnement de la liturgie pour l’eucharistie mais aussi pour célébrer les obsèques. Après un petit historique et les souvenirs de Marcelle et Odile, nous parlerons de la chorale, pilier incontournable de la communauté.

Arlette se souvient : 

« Dans les années 70, nous avions un Curé, la messe chaque dimanche et le caté était assuré par notre Curé. A cette époque, presque chaque famille assistait à la célébration dominicale et aux grandes fêtes religieuses. Le village comptait environ 170 habitants, 8 élèves à l'école, tous allaient au caté. Puis le village s'est rapidement développé, de nombreuses constructions sont sorties de terre, grâce à de jeunes couples. La population s'est rapidement accrue pour arriver à 800 habitants et 98 élèves en 2003.  Population très hétérogène, personnes déracinées, venant d'autres régions françaises. Le village est devenu un peu village dortoir, la plupart des mamans travaillant.

A travers l'école et le ski de fond, des relations se sont créées. Mais notre communauté ne s'en est pas enrichie. Très peu d'enfants au caté et peu de nouveaux paroissiens. Mouvement de sécularisation générale, conjugué à la diminution des prêtres et aux nouveaux modes de vie… Depuis quelques années, la population est redescendue à 600 habitants et l'école ne compte plus que 53 élèves. Avec les fluctuations de l'emploi entrainant la mobilité, la crise économique, les problèmes familiaux, beaucoup de personnes sont parties. Les Habitations principales sont devenues des résidences secondaires ou elles sont à vendre. 

Dans ce contexte de grands bouleversements, qu'est devenue notre communauté ?

Une poignée de fidèles tente d'assurer le fonctionnement. C'est la vieille garde, heureusement, deux jeunes femmes ont rejoint la chorale, c'est bien appréciable. Nous accueillerions volontiers d'autres personnes. Malgré sa petite taille, notre communauté reste fidèle et solidaire, elle garde espoir. Notons que la municipalité a fait beaucoup de travaux de conservation -intérieur et extérieur- pour notre église. 
Cette année, nous avons eu la messe du jour de Noël, la première depuis de nombreuses années. L'église était pleine, il faut dire que le chauffage a été installé récemment par la commune. Quel changement, quel confort ! 
Ce fut en outre une belle célébration qui nous a beaucoup encouragés.

Marcelle Trombert et Odile Bétemps sont des figures du village  : rencontre.

Elles sont là depuis toujours, même si Marcelle a vécu quelques années à Paris entre temps : « Nous sommes revenus habiter à St-Sigismond durant la guerre puis sommes repartis à la capitale avec mes parents, après la libération. Moi, je me suis installée  définitivement au village en 1961, mon père étant mort avant sa retraite… C’est vraiment mon village de cœur : je suis née ici, j’ai reçu le baptême, je me suis mariée à Saint-Sigismond… Mon mari a toujours vécu dans la maison que nous habitons ». 
Odile se souvient de l’époque qui a vu les jeunes descendre travailler en bas : « En 56, soixante sont partis du village pour travailler à Cluses et les environs. La plupart étant d’origine paysanne, on était trop nombreux à la ferme. Les parents et grands parents restaient et les enfants partaient.»Les tout premiers faisaient les allers-retours à pied ! Ils passaient par « La Perrière ».  Ensuite, il y a eu un car qui les récupérait à Châtillon mais il fallait monter jusque là ». Marcelle faisait le voyage avec les autres : « Je faisais du montage et du contrôle ». 
Marcelle se souvient : « Mon mari faisait comme beaucoup, une double activité. Décolletage et agriculture, cela arrivait souvent ». Odile rajoute : « Certains faisaient du bûcheronnage, étaient employés quelque part. Il y avait même la possibilité de travailler à Cluses l’hiver et de rester au village de mai à octobre. Il faut dire que la vie en agriculture n’était pas facile, la ferme en montagne, ce n’était pas mécanisé, c’était trop raide. Ceux qui sont restés ont continué le travail de la terre, tout à la main…» 
Aujourd’hui, le village a tout de même gardé une âme. Une vie associative active, notamment les jeunes, la vogue du 1er mai  pour fêter St Sigismond ou encore les dîners dansants… et puis la vie de l’Eglise ! « Pour la communauté, c’est Odile qui nous rassemble ! » dit Marcelle. Mais il y aussi la chorale ! 

La chorale

[Sortie de la messe - Janvier 2015] « Il y a un bout de temps qu’on en fait partie ». Marcelle a commencé… en 1942 avec Aline, la sœur d’Odile ! « On était sous la direction du Curé, le Père Rossat et il fallait attendre d’avoir 14 ans pour monter dans la chorale à la tribune ! Nous apprenions de nouveaux cantiques. Les jeunes se côtoyaient mais garçons et filles étaient séparés. On en a fait voir au curé qui surveillait la cour d’école depuis sa fenêtre… » 
Odile se remémore les premières fois où elle a lu « en français » des lectures  ou des prières durant l’eucharistie et ce lapsus dont elle se souvient encore : «  Au lieu de remercier d’avoir participé à la fin de la messe, j’ai dit ‘parti picer’ vous imaginez les rires !

Le chant dans les cœurs
Odile reconnait que dans le fond, c’est la chorale qui a tenu l’église ouverte. La moyenne d’âge est élevée mais nous sommes fidèles. Et puis la communauté s’est trouvée bien arrangée de ne pas avoir une messe tous les dimanches. « Cela aurait été trop lourd sur nous épaules. Ça nous a sauvés pour pouvoir continuer d’animer quand c’était notre tour.». Marcelle remarque que l’amitié et la convivialité sont pour beaucoup pour que la chorale ait survécu : « L’entente est bonne et il y a toujours deux bouteilles et un gâteau aux répétitions…  Ce sont de belles rencontres où on se donne des nouvelles, où nous parlons de l’actualité… »

La messe télévisée
Odile sourit : « Des fois, je l’écoute à la radio de bon matin, puis sur France 2. Quand j’allais à la messe, mon  homme se moquait « Qu’est-ce que tu vas faire à la messe, tu l’as déjà suivie deux fois ? » Marcelle quant à elle apprécie de suivre la messe télévisée «  Des fois j’épluche mes patates et je réponds toute seule dans ma cuisine, je m’arrête, je fais le signe de croix… » Toutes deux reconnaissent qu’elles ne peuvent pas toujours participer à la messe dominicale et ne s’en offusquent pas, on fait comme on peut.

La foi

« La foi, on la voit surtout chez les anciens. La plupart des jeunes ne sont pas contre comme ils disent, mais ils ne viennent pas. N’empêche, quand il y a une messe particulière ou une sépulture, ils connaissent des visages et sont contents d’être là ». Assurément, ces paroissiens témoignent par leur présence : en toute simplicité, ils tiennent cette communauté fragile mais bien vivante. « Avec la chorale, on n’a jamais flanché, parfois on chante à l’unisson mais quelle importance ? C’est déjà pas rien ! De temps en temps une nouvelle personne arrive, ça fait du bien ! »

Alors elles sont là, on peut compter sur elles, elles se téléphonent pour assurer une certaine permanence.  « Quand on est trop peu nombreux, on reste ensemble dans le chœur pour ne pas courater et chanter ensemble ».

Quelle vitalité et quelle joie de vivre ! Odile reconnaît : « Je ne me suis jamais ennuyée. Je ne me sens pas seule même si aujourd’hui je suis veuve. Si j’ai fait quelque chose, c’est bien ; si je ne fais rien je suis contente ;  Il y en a qui se posent toujours la question : Est-ce que je cours ici ? Est-ce que je cours là ? Moi, je cherche juste à ne pas être dépendante, tenir encore mon quotidien : la maison, le jardin. «Il faut la santé bien sûr… mais sinon, l’essentiel, c’est d’entretenir un peu autour de nous, passer un jour chez l’un un jour chez l’autre, la semaine a filé. Il faut ralentir le rythme » 

Propos recueillis par Chantal Gaillard

 

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