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Les dîmeries de Megève-Demi Quartier

Une tradition qui perdure...
Chaque année, entre Pâques et Ascension, des messes sont célébrées dans les chapelles rurales. Les dîmeries de villages sont aujourd’hui au nombre de six sur Megève : Planay, Planelet, Pettoreaux, Cassioz, Villard et Mas, et au nombre de quatre sur Demi-Quartier : Petit Bois, Vauvray, Choseaux et Crétêts.
  • Quand

    du 25/04/2017 à 19h00 au 24/05/2017 à 20h00

  • Chapelles de Megève et Demi Quartier

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Messes des dîmeries à 19h

Mardi 25 avril au Planellet
Jeudi 27 avril à Ormaret
Mardi 2 mai au Petit Bois
Jeudi 4 mai à Vauvray
Lundi 8 mai aux Pettoreaux
Mecredi 10 mai au Planay
Lundi 15 mai aux Choseaux
Mardi 16 mai au Villard
Lundi 22 mai aux Crétêts
Mardi 23 mai au Maz
Mercredi 24 mai à Cassioz

Une dîmerie ?...

Ce mot, pourtant si familier aujourd’hui aux habitants de Megève et Demi-quartier, ne figure cependant dans aucun dictionnaire. Rares sont ceux qui en connaissent encore la signification.

Premières traces au XVIIIème siècle
Il semble difficile de trouver l’origine exacte de ce terme. Dans une transaction de 1701 ainsi que dans le mémoire de Turin du 6 août 1768, on parle de la communauté de Praz [1] comme étant composée des 3 dîmeries de Réon, Praz et la Tonnaz.

L’abbé Portier (1961) explique qu’à l’époque, la dîmerie constituait une entité très bien définie : il s’agissait d’une « portion de territoire d’une paroisse ayant ses limites propres bien désignées au cadastre, ses possessions et ses avantages, souvent même sa chapelle. Ses habitants, appelés aumôniers, nommaient un ou plusieurs représentants, reconnus par acte notarié, chargés d’agir en leur nom en tout ce qui concernait la communauté. » Chaque dîmerie devait s’acquitter annuellement de la dîme, en fonction des limites de son territoire et en fonction des biens dont jouissaient les habitants.

Ambroise Martin, dans le Megève d’après la Révolution
Cette notion de dîmerie a probablement disparu avec la révolution, en même temps que la dîme. Pendant cette période de troubles, les biens de l’Église ont été nationalisés, le culte a été interdit et les prêtres ont été obligés de prêter serment à l’État ou de s’exiler. En 1815, au congrès de Vienne, la Savoie est restituée à Victor Emmanuel qui va remettre la religion à l'honneur en Savoie : on reconstruit les églises et les prêtres sont désormais rémunérés.

En 1820, Ambroise Martin, nouvellement nommé à la tête de la paroisse St Jean-Baptiste, inventorie les dégâts causés par la révolution française. Tous les bâtiments religieux ont profondément souffert de la révolution et les remises en état s’annoncent très coûteuses. Les chapelles qui n’ont pas été complètement détruites sont délabrées et certaines ont même été vendues au directoire de Cluses en 1793 pour soutenir les assignats [2]. Seuls les autels démontés et cachés avant l’arrivée des révolutionnaires ont pu être conservés.

Dès son arrivée à Megève, Ambroise Martin cherche donc un moyen de financer le rachat des chapelles du Mas et du Planelet et les nombreuses réparations des autres chapelles. Certes, l’idéal aurait été de percevoir encore cet impôt, la dîme... Mais il sait pertinemment que les habitants n’en veulent plus. D’après les recherches de Renée Joly-Pottuz, Ambroise Martin va donc proposer aux propriétaires mégevans, par l’intermédiaire de Joseph Duvillard du Planay, de reconstituer les dîmeries et de payer une dîme nouvelle : l’argent versé ne partira pas en dehors de leur hameau (appelé village) ; il servira à leur chapelle et restera ainsi entre leurs mains.

Une tradition qui perdure
Les dîmeries de villages sont aujourd’hui au nombre de six sur Megève : Planay, Planelet, Pettoreaux, Cassioz, Villard et Mas, et au nombre de quatre sur Demi-Quartier : Petit Bois, Vauvray, Choseaux et Crétêts. Chacune d’elle regroupe un ensemble de quartiers situés autour de la chapelle de dîmerie. En 1820, il n’y avait que trois dîmeries à Demi-Quartier, puisque la chapelle de Vauvray a été construite en 1859. Ormaret n’a jamais été une dîmerie, car ce quartier est situé sur la commune de Combloux.

En 1905, date de la séparation de l’Église et de l’État, la commune est devenue propriétaire de toutes les chapelles de hameaux et la charge de leur entretien lui incombe entièrement. Mais ces lieux de culte ont été et sont encore très précieux aux yeux des villageois, car ils constituent le symbole de la piété et de la volonté de leurs ancêtres. Ainsi, quand des travaux de rénovations sont entrepris, des souscriptions sont lancées dans les villages. Elles viennent compléter le financement des communes de Megève ou Demi-Quartier. Les habitants donnent parfois même de leur temps pour prêter main forte.

Le nom de dîmerie n’est pas le seul à avoir traversé les siècles. On célèbre encore chaque année au mois de mai, dans chaque chapelle, une messe de dîmerie qui correspond à celle qu’on appelait autrefois « messe des récoltes ». Quant aux messes des rogations qui ont lieu les trois jours précédant immédiatement l’Ascension, elles se célèbrent toujours dans les mêmes chapelles depuis des décennies ; seules les processions ont disparu.

Sophie Blanchin

[1] Praz était alors un quartier de Megève, qui a obtenu son indépendance religieuse en 1803. Praz de Megève est devenue une commune en 1869, mais le nom de Praz-sur-Arly n’apparaît qu’en 1907.

[2] Sous la révolution française, l'assignat était une monnaie dont la valeur était assignée sur les biens nationaux.