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Vincent Métral

Avec l’arrivée d’un million de réfugiés en Europe en 2015, le débat politique français et européen s’est focalisé sur le sujet de l’immigration. Natif de Saint-Jean-de-Tholome, Vincent Métral s’est expatrié au Moyen-Orient, puis en Égypte, pour trouver du travail. « Je suis moi-même un étranger, là où je vis », dit-il. Durant ses loisirs au Caire, Vincent, 30 ans, aide à son tour des réfugiés africains, futurs candidats à l’immigration en France, en leur apprenant notre langue. Beau chassé-croisé, emblématique d’une mondialisation apaisée.

Étranger parmi les étrangers

Je suis parti trouver du travail dans la péninsule arabique en 2006, et vis au Caire depuis janvier 2013. Très pris par mon travail, ce n’est qu’en juillet 2014 que j’ai trouvé le temps d’entreprendre une activité de loisir.
J’ai fait des recherches et lu une annonce dans un magazine local. Une ONG cherchait des volontaires, pour donner des cours d’anglais à des enfants. À la suite de quoi, j’ai rempli un long formulaire de candidature justifiant ma motivation.
Puis j’ai été convoqué à un entretien avec l’organisation Stars (« étoiles », en anglais), l’abréviation du Saint Andrew Refugees Services créé en 1979 auprès de l’église anglophone Saint-André, au centre-ville du Caire.
Le centre oeuvre, sans discrimination d’origine ou de religion, à l’éducation et l’entraide de réfugiés africains, venus principalement du Soudan, du Sud-Soudan, d’Érythrée, d’Éthiopie, de Somalie ou encore de Palestine, d’Iraq et dernièrement de Syrie. Stars propose une aide médicale, sociale et juridique, et des cours divers, assurés par des professionnels bénévoles.
Au moment où je rejoins le centre, il y a une demande croissante des réfugiés pour apprendre le français. Je m’engage dans l’aventure. Professeur novice, je fais beaucoup de recherches sur Internet pour bâtir mes cours. Je replonge à la hâte dans mes bouquins d’orthographe et de grammaire du collège… Et je me retrouve devant quinze étudiants de toutes les nationalités, âgés de vingt à quarantecinq ans ! Je mets autant d’enthousiasme que possible dans mes cours, pour nourrir la motivation de ceux qui m’appellent désormais « proprofesseur ». Eux-mêmes mettent beaucoup de passion et de dextérité dans leur apprentissage.

Au terme d’un premier trimestre, je rempile pour un second, au plus grand bonheur de mes étudiants. Préparer chaque cours demande du temps : je le prends, chaque week-end, sur mon temps libre. Le trajet en métro jusqu’au centre du
Caire est parfois éprouvant, après une journée de travail au bureau… Mais j’ai découvert un but qui me permet de continuer : aider mon prochain. Ce n’est pas la foi qui me guide, mais plutôt les valeurs d’entraide et
de solidarité inculquées au sein de ma famille, durant mon enfance à Saint-Jean-de-Tholome. Mes étudiants sont pauvres, partis ou chassés de leur pays ; ils ne demandent qu’à retourner chez eux. Mais beaucoup savent qu’ils ne regagneront
jamais leur patrie, car ils y sont en danger de mort.
Quand je donne mes cours, je ne suis plus devant un écran de télévision, mais face à la réalité des destins de mes semblables. Certains de mes étudiants rêvent d’un avenir meilleur ; ils seront les réfugiés qui traverseront les mers pour
se presser aux frontières de l’Europe… Je suis bienheureux de les aider à mieux préparer ce voyage et fais voeu qu’ils soient tous bien accueillis dans mon pays.
Je vis moi-même à l’étranger pour des raisons économiques. Bon nombre de Haut-Savoyards passent la frontière helvétique, chaque jour, pour les mêmes raisons. Au plus loin de l’histoire de l’humanité, nous sommes tous le fruit de flux migratoires. Tâchons d’y penser.

Vincent Métral

EA, février 2016