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Les cris des endeuillés

Christophe Fauré, psychiatre, est venu, il y a quelques années, nous aider à comprendre le chemin du deuil et la différence avec le « travail de deuil ». Le travail de deuil est comme une main brûlée. On peut la laisser se soigner toute seule. En effet, la nature est bien faite : le membre va cicatriser, mais bien de ses capacités risquent d’être perdues. Par contre, si une personne vient enlever chaque jour les peaux mortes, ça va faire mal mais pas pour rien, car la main, au final, retrouvera ses capacités !


 

Pouvoir exprimer ses cris et sa douleur sont ces peaux enlevées, si une personne peut les entendre.

Voici quelques cris entendus. Une personne ayant accompagné, des années durant, son conjoint me dit : « Je deviens folle ! ». Elle entend encore son mari l’appeler la nuit. Ca la mort est comme… un ventilateur que l’on débranche, il continue à tourner quelque temps. Puis, une année après, c’est le vide et c’est pire encore… Elle me dit : « Mes enfants
pensent que je suis en dépression et ne devrais plus sentir l’absence ! Mais, aujourd’hui, c’est encore plus dur pour moi. »
M., qui a perdu son mari juste avant la retraite, me crie : « Il m’a abandonnée! Il a travaillé comme un fou et nous avions plein de projets pour la retraite, je lui en veux ! » J. est décédée à 56 ans, et deux grands-mères de la famillecrient : « Pourquoi Dieu ne nous a-t-il pas prises à sa place ? »
Les cris des familles sont difficiles pour les personnes endeuillées. « Ma mère tourne en rond ! Elle me répète toujours la même chose ! Je n’en peux plus. » Le deuil est comme un livre qu’il faut lire deux mille fois, pour que le passage
douloureux devienne de moins en moins douloureux. Mais qui peut entendre les mêmes choses deux mille fois ?

P. a gâché tous les moments de sa vie qui pouvaient être heureux. À l’hôpital, elle me crie : « Qu’est-ce que j’ai dans le cuir ! Je ne suis pas faite pour le bonheur ! » L’écoutant, j’apprends qu’elle a perdu sa maman dans un accident de voiture, à l’âge de trois ans. Je lui balbutie qu’elle n’est pas responsable. Un immense chagrin l’envahit pendant plusieurs jours, me faisant me demander si je n’aurais pas mieux fait de la fermer… Quatre années après, elle m’a envoyé une invitation pour son mariage et ça a l’air de tenir !

Deux soirées sur le travail de deuil ont eu lieu, à Sillingy et Cruseilles, les 28 et 30 octobre. Les partages ont montré combien les personnes en deuil vivent une grande souffrance. Les équipes de funérailles font un travail remarquable
au moment du décès. Le rituel des bougies une année après, organisé par certaines paroisses, est certainement vital. Des
visiteurs à domicile entendent bien des paroles autour du deuil. Mais une question reste poséeà nos communautés. Comment organiser des groupes de parole de personnes endeuillées, avec des animateurs qui puissent entendre
« l’inentendable » sans juger ?

D. P.