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Les lieux du baptême

Aménager un baptistère dans une église n'est pas chose facile. Loin d'être un simple élément du mobilier, le baptistère recouvre une réalité beaucoup plus complexe. La commission d'Art Sacré du diocèse d'Annecy souhaite ainsi vous faire partager ses réflexions autour de cet aménagement et se tient à disposition pour les paroisses qui souhaiteraient engager des travaux concernant les lieux du baptême.

1 - Bref historique

Le baptistère est un lieu réservé à la célébration du baptême, soit dans un édifice voisin de l’église, soit à l’intérieur de l’église, conçu pour ce rite. À l’origine, les fonts baptismaux (du latin fons c’est-à-dire source) étaient situés à l’extérieur de l’église dans le baptistère comme par exemple à Grenoble, à Lyon, à Fréjus, à Poitiers où ils subsistent encore. Les plus anciens baptistères témoignent de la mise en œuvre du rite de l’immersion (« baptizein » se traduit d’ailleurs par « immerger, plonger »).

Le baptême des adultes avait lieu durant la vigile pascale ou celle de la Pentecôte, et requérait un espace important à cause du nombre des candidats et de la manière dont il était administré : les catéchumènes déposaient leurs vêtements avant d’être plongés dans la piscine baptismale. Dans la plupart des lieux, ils descendaient dans la piscine par quelques marches et en ressortaient du côté opposé. Ainsi par ce geste, ils symbolisaient la traversée de la mer Rouge qui avait libéré les Hébreux, dirigés par Moïse, de l’esclavage et des idoles de l’Égypte.

De même la plongée représentait la mort au péché avec le Christ, pouLa Chapelle d'Abondance, église saint-maurice. Aménagement et restauration : Pierre Bajulazr se relever, ressusciter avec lui à la Vie. Sortis de l’eau, les néophytes (du grec « nouvelles pousses ») revêtaient une tunique blanche (l’aube) qui est la tenue liturgique commune à l’ensemble du peuple chrétien. Ils étaient introduits dans l’église où l’évêque confirmait leur baptême par l’onction de saint Chrême, mélange d’huile et de parfum utilisé dans les rites de consécration.
Plus tard, avec la raréfaction des baptêmes d’adultes, lorsque l’on abandonna le baptême par immersion pour le baptême par effusion (XIVe siècle), on installa les fonts baptismaux sous le porche ou le narthex. Plus récemment encore, ils furent déplacés au fond de l’église près de la porte d’entrée afin de signifier que le Christ est la vraie porte par laquelle le futur baptisé est invité à passer pour entrer dans la communauté chrétienne (Jn 10, 9).

Aujourd’hui, la liturgie paulinienne issue du concile Vatican II, centrée sur « L’Emmanuel ou Dieu parmi nous », met l’accent sur le sacerdoce commun des fidèles et leur participation active à la liturgie. Le baptême est donc un acte ecclésial, avant tout communautaire : le lieu du baptême devient un espace ouvert à l’assemblée et si possible bien en vue des fidèles. Or peu d’églises correspondent par leur architecture aux nouvelles exigences d’où les difficultés dans l’aménagement liturgique et les inconvénients d’un dispositif provisoire et mobile qui risquent de perdre de vue la symbolique du baptême.

  Ill. La Chapelle d'Abondance, église Saint-Maurice. Aménagement et restauration Pierre Bajulaz

2 - Le baptistère, lieu d’une architecture symbolique

meythet - bapt.jpgLe baptistère n’est pas un simple meuble accessoire de l’église, comme le bénitier ou les confessionnaux, il constitue « un lieu sacré qui doit être digne du mystère célébré » comme le disait l'abbé Roguet dans son ouvrage Construire et aménager les églises (éd. Cerf, Paris, 1965, p. 80).

C’est tellement vrai, que dès le IVe siècle, saint Ambroise de Milan recommande que l’architecture du baptistère puisse avoir une configuration symbolique octogonale. En effet, le chiffre huit, pour le christianisme ancien influencé en çà par les Pères de l’Église, évoque la résurrection du Seigneur, accomplie le lendemain du septième jour, qui est le sabbat. Ainsi le catéchumène, plongé avec le Christ dans la mort au vieux monde, ressuscite avec lui-même à la vie nouvelle.

Il est à noter que les cuves baptismales apparaîtront dès le VIIe siècle et leur usage s’étendra aux IXe et Xe siècles. « Comme l’eau baptismale n’était bénite qu’aux fêtes de Pâques et de Pentecôte, il fallait, écrit Norbert Hennique, veiller à la préserver de la pollution d’où la mise en place de couvercles. C’est aussi pour cette raison qu’on sépara la cuve en deux parties : l’une conservait la réserve d’eau, l’autre servait à l’immersion dont l’eau pouvait ensuite être évacuée. Pour mettre en valeur le lieu du baptême, on construisit des dômes, au-dessus de la cuve tandis que le couvercle s’élevait comme un flèche ».

Ill. Meythet, église Saint-Paul. Architecte Jacques Herrgott - Conception du mobilier Frédéric Garreau

3 - Lieu de mémoire

Actuellement, pour des raisons pratiques et d’exigences communautaires citées plus haut, les fonts baptismaux ont perdu quelque peu leur importance première. Cependant, ils ne sont pas un simple meuble ou accessoire de l’église. Au contraire il est bon de signifier qu’ils demeurent le lieu mémorial de notre baptême, qu’ils soient respectés et restent un pôle de référence liturgique et pastorale au même titre que l’autel. Ils doivent donc être visibles et accessibles. C’est un lieu liturgique sacré, un élément essentiel de toute église paroissiale qui signifie la naissance de tout baptisé dans la foi de l’Église, le lieu de mémoire vive par excellence.

4 - Lieu de Vie

aménagement des églises et conservation du pat 1995.jpgLe rituel du baptême s’enracine dans la Pâque du Christ, mort et ressuscité. Plusieurs symboles vont signifier ce passage : l’eau, symbole du salut de Dieu dans l’Ancien Testament puis celui de la conversion avec Jean-Baptiste et enfin le baptême dans l’Esprit saint avec Jésus : « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion ; mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l’Esprit saint et le feu » (Math 3, 11).

En raison du sens même du baptême chrétien, qui est le passage à la vie nouvelle avec le Christ, la liturgie baptismale prévoit un cheminement dans le bâtiment église qui est un itinéraire de la foi, le parcours étant déjà discours en lui-même : le signe de la croix à l’entrée de l’église, l’écoute de la Parole de Dieu à l’ambon, la profession de foi et le rite de l’eau au baptistère, les rites complémentaires tels que le saint chrême, de l’huile sainte, le vêtement blanc, l’usage progressif de la symbolique de la lumière (cierge pascal, lumière artificielle appliquée aux rites liturgiques), la remise du cierge allumé au nouveau baptisé, symbole de vigilance pour le retour du Seigneur et enfin la prière du Notre Père à l’autel. On a là un très bel exemple de la synergie entre la ritualité et l’espace dans lequel se déroule cette célébration baptismale.

 

Ill. Schéma extrait de Aménagement des églises et conservation du patrimoine

 

5 - Lieu d’Église

La célébration actuelle du baptême insiste donc sur le caractère communautaire du sacrement et souligne l’importance de la communauté locale représentant l’Église qui accueille le nouveau baptisé. Ce rituel propose d’entrer dans le cheminement baptismal comportant la renonciation à une vie antérieure et l’immersion dans la vie nouvelle des chrétiens. Nous trouvons ici un écho du dialogue entre Jésus et Nicodème : « Comment un homme peut-il naître une fois qu’il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » (Jn 3, 6) et Jésus de lui répondre : « En vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’esprit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu ».

Cet ensemble de caractères justifie :

a) Son lien et son aboutissement avec l’Eucharistie, par conséquent avec l’autel : En effet, le baptême précède et conduit à l’Eucharistie. Ces paroles de Jean-Baptiste, prononcées au moment du baptême de Jésus, ne nous sont-elles pas rappelées avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » ? Par le sacrement du baptême, le catéchumène accepte de devenir disciple du Christ et par l’Eucharistie, il communie à sa Vie. L’Eucharistie devient un accomplissement de ce que le baptême a inauguré : une vie de communion avec le Christ et les frères.

b) La beauté, la dignité de la cuve dans l’organisation de l’espace baptismal : la mise en valeur des fonts baptismaux. De tout ce qui précède, il ressort la nécessité de se préoccuper de la beauté et de la propreté de la cuve ; l’organisation de l’espace baptismal devra être soulignée par une décoration soignée ou une parole rappelant la symbolique du baptême, une eau propre tant pour manifester la vérité du signe que par motif d’hygiène, un beau chandelier pour le cierge pascal, des fleurs bien disposées aux fêtes de Pâques et de Pentecôte, l’ensemble soulignant l’importance de ce lieu dans la vie d’une communauté chrétienne. Évitons le confiturier ou petit récipient (fût-il en cuivre) sur une petite table qui n’apporte pas la dignité et la beauté nécessaires à un si grand sacrement !
« Pour les différents lieux de l’église, une importance toute spéciale revient au baptistère ou à l’endroit où la fontaine baptismale est établie. C’est là, en effet, qu’est célébré le baptême, premier Sacrement de l’Alliance nouvelle. » (Livre des Bénédictions n° 88).
Certes, les solutions peuvent varier selon les églises et il est parfois difficile de rassembler les fidèles autour des fonts baptismaux existants. Par contre l’implantation de la cuve baptismale dans le chœur est fortement déconseillée afin de ne pas créer une confusion des lieux liturgiques, Baptême et Eucharistie, en tenant compte que le premier des sacrements précède et conduit à l’Eucharistie et non l’inverse.

Si lors d’une rénovation d’église, la cuve baptismale doit être vraiment déplacée, l’aménager près d’une porte d’entrée latérale (dans une église orientée : à l’ouest, du côté nord) ou dans une chapelle qui débouche sur un côté du chœur ou dans le transept, voire dans l’axe de la nef peuvent être des solutions. Il est aussi conseillé de situer le lieu baptismal en contrebas pour que l’on puisse y descendre et en remonter. Certains baptistères primitifs avaient d’ailleurs la forme d’une croix, présentant des emmarchements dans deux bras opposés.

L’emplacement du baptistère doit favoriser la liturgie communautaire, le sens de la démarche et de ses déplacements pendant la célébration qui n’a rien de statique, le rassemblement autour de la cuve, la visibilité pour les participants. Il ne doit pas donner l’impression « du provisoire » mais doit tendre à montrer la grandeur du sacrement qui y est célébré.

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Ill. Annemasse, église Saint-Joseph. Réalisation Jean-François Ferraton

En résumé, pour créer ou aménager un baptistère, il faut :

- Qu’il y ait un lieu significatif permanent où se trouvera la fontaine baptismale (peut-être la cuve), un meuble pour les saintes huiles et le matériel nécessaire, le cierge pascal en dehors du temps pascal, éventuellement un livre ouvert (sur un lutrin ou un pupitre ?).

- Que le baptême se déroule en 4 lieux distincts : lieu de l’accueil (narthex), lieu de la Parole (ambon), lieu du baptême (baptistère), enfin autour de l’autel. La déambulation est importante et hautement significative.

- Que soit prévue la possibilité des baptêmes communautaires, donc souvent avec assistance relativement nombreuse. Ainsi, lors de la vigile pascale, quand l’assistance remplit l’église, le baptême peut être exceptionnellement célébré devant le sanctuaire. En ce cas, pour garder au lieu baptismal sa signification, il serait hautement symbolique d’apporter en procession l’eau, la cuve et le saint chrême.

- Que l’éventualité de baptêmes par immersion, quand l’espace ecclésial le permet, qui est recommandé par le rituel (parce qu’il signifie clairement la participation à la mort et à la résurrection du Christ) puisse être réalisable. Sachant que selon la disposition des lieux, des initiatives diverses seront à mettre en œuvre au moment de la célébration. En effet il demande des aménagements particuliers : lieux pour le déshabillage, la remise du vêtement blanc et l’onction, ainsi que l’eau tiède abondante, avec son alimentation et son évacuation. Ce type de baptême, qui convient aux adultes et aux adolescents, n’est pas adapté aux enfants, il ne doit, en aucune façon, tourner au spectacle, le rite, faut-il le rappeler, concerne d’abord le baptisé. Un exemple en France : à Notre Dame de la Source à Compiègne, des fonts baptismaux composés de deux éléments ont été créés : une vasque située à environ 1 m du sol, destinée au baptême des petits, d’où l’eau coule dans un bassin conçu pour le baptême par immersion.

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Ill. Doussard, église Saint-Maurice

Pour la CDAS - Bernard PREMAT